Beyond Twilight était en 2001 un groupe que l'on n'attendait pas, qui semblait venir de nulle part et que l'on a bien voulu écouter parce qu'il y avait dans ses rangs le chanteur
Jorn Lande qui commençait à tutoyer les cieux avec le groupe
Ark. Mais c'était alors sous-estimer la force de composition de
Finn Zierler et le talent de musiciens qui ne sont pas de simples faire-valoir. Beyond Twilight est riche, Beyond Twilight est complexe.
The Devil's Hall Of Fame, avec sa pochette peut-être un peu chargée mais inévitablement accrocheuse, est un concept album racontant l'histoire d'un homme qui comprend qu'il a une puce électronique implantée dans le cerveau. En se connectant à un ordinateur, il peut voyager dans le temps et tomber amoureux de la même femme à chaque fois, mais cette aventure le conduira à un déchirement spirituel qui ne sera pas sans laisser de funèbres séquelles. De la science fiction donc, mêlé à du romantisme qui évite de virer allègrement dans le ridicule. Musicalement, on remarque très vite que les claviers prennent une dimension rare, même dans le domaine du metal prog. En quelque sorte, ils sont la clé de voute de cette oeuvre, ils soutiennent courageusement un édifice qui est loin d'être facile d'accès. En surface, on s'attache d'abord à la voix chaude et puissante de
Jorn Lande, impérial et sachant se faire violence quand l'intrigue le demande (
Godless And Wicked). Derrière lui, les musiciens brodent un décor riche, mais lugubre.
Le clavier est donc l'instrument maître sur ce disque. Il distille les clés d'un univers à la fois onirique et inquiétant, sensible (
Closing The Circle) ou déjanté et volontairement dissonant (
The Devil's Waltz, un petit chef d'oeuvre de décadence). Les rythmiques sont solides, la guitare n'est pas inutilement bavarde. Elle se résume souvent à un accompagnement pertinent, accentuant l'ambiance glauque et horrifique de ce disque captivant.
Riches, variées, chaque composition est un nouvel univers à explorer. Certains passages font appel à des choeurs puissants, loin des canons du metal symphonique, sans rapport avec un trip warrior, destinés à accentuer le rendu claustrophobique de ce disque qui pourra certainement paraitre éprouvant pour certains. On ne pénètre pas facilement dans cet univers noir, marqué à la fois par la grandeur et la folie. L'album demande une immersion totale de la part de son auditeur, un travail d'écoute et de ressenti pour s'imprégner totalement de cette musique. L'auditeur lambda accrochera certainement plus à cette voix magique, celle d'un Jorn Lande au sommet de son art qui à sa manière, "habite" cet opus. Il en est un des éléments clés, indéniablement, s'imbriquant dans un tout.
Bref, ceux qui aiment que le prog soit totalement imprévisible et qu'il parte dans tous les sens un peu à l'instar de
Dream Theater risquent de ne pas s'attacher à ce disque relativement lent et sensé dans sa construction. Ceux qui cherchent de la stabilité se doivent d'écouter ce Devil's Hall Of Fame magistral. Une excellente surprise, un album tout à fait remarquable.