HATE FOREST - Purity
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Sorti en 2002 du cerveau de Roman Saenko, leader du désormais fameux DRUDKH ; Purity est un album de Black Metal pour le moins particulier.
Le groupe refuse toute relation avec les médias quels qu’ils soient. Aussi misanthrope que sa musique, le Saenko. Cette attitude peut paraître soit stupide et prétentieuse, soit en accord total avec la musique.
Mais quoi qu’il en soit, les affiliations politiques douteuses du combo mises à part, Purity est un chef-d’œuvre à bien des égards.
Car Purity est brut. Un concentré de haine misanthropique et de hargne.
L’album démarre avec "Domination". Ce morceau est un mur mes enfants, une épaisse muraille millénaire, verte de mousse et noire d’usure. Mais la muraille tient. Pas une faille ; une machine de guerre infaillible. Elle s’installe, envahit l’espace sonore et ne laisse rien d’autre y pénétrer. Un mécanisme nu et dépouillé, raw comme le Black Metal qu’il pratique. Poisseuse litanie sortie des méandres de la terre.
Deux ou trois thèmes et une tenue puissante en guise d’armature créent ce mur et suffisent à tenir l’auditeur en haleine durant six minutes qui passant comme quatre. C’est donc une musique étonnamment simple et frontale qui nous est livrée. Chant rauque et crachant qui colle parfaitement à l’esprit dépouillé de la musique ; instrus concises et presque logiques, de par leur pouvoir évocateur et hypnotisant émanant de leur simplicité.
Hypnotisant, donc. Car Purity est une invocation. Inlassable, insaisissable, un murmure la répète tel le vent dans les feuilles. Magnifiquement brutal, mais foncièrement poétique, Purity emmène son auditeur où bon lui semble. De longues plages aux accents malsains, des murs de son sans faille ; imposants et fiers, sept pistes n’en formant qu’une, comme autant de rêves éveillés, de voyages subis ; qu’on observe et ressent mais dans lesquels on n’agit pas. Un voyage contemplatif paradoxalement calme. Purity t’envahit tout entier, s’immisce dans ton esprit, s’y glisse puis met en marche ses mélopées guerrières.
Car Purity est guerrier. Fier et puissant. "Elder Race" ; une douce barbarie, tannant l’oreille, creusant la chair grâce à ses guitares incisives et tranchantes. Des vocaux rauques, une batterie martelant la Terre tel cent mille soldats marchant vers la conquête. Mais Purity a déjà conquis. Ses chants de guerre ont apeuré l’ennemi. Acculé, l’auditeur se laisse envahir tout entier, se laisse piétiner sans résister ; pendant que Purity exécute ses hymnes. Des hymnes brutaux et denses, mais étonnement mélancoliques.
Car mélancolique, Purity l’est. "The Gates". Après l’éprouvant combat d’ "Elder Race", Purity se repose. Il continue tout d’abord à frapper, puis s’apaise et dévoile une autre de ses multiples faces. Quelque chose de torturé, beau et triste, et pourtant toujours aussi frontal et raw. Une mélodie résonnant dans une grande caverne, comme autant d’échos et de notes qui te parviennent. Tu les assimiles, les ressens. Réverbérations dans l’air. Puis Purity se réveille. Et se remet à avancer, effaçant l’espace, il avance seul, rien d’autre ne subsiste autour. En un morceau, HATE FOREST démontre tout l’art de son savoir-faire. HATE FOREST inflige, puis partage. Inflige ses martèlements furieux puis partage son désespoir contemplatif. Contemplatif et pur.
Car Purity l’est, pur. Après le malsain "Megaliths", crasseux de haine ; la seconde partie de "The Immortal Ones" et "Desert of Ice" sont purs. Beaux, glacés comme une vallée blanche de neige. Purity nous fait voler, incroyablement vite, au-dessus d’immensités candides. Un voyage subjectif parmis des désert blancs. Purity confère cette solitude ; une impression de s’élever dans la masse blanche des nuages et d’être seul au monde. C’est là que réside son immense pouvoir évocateur. Purity : entité millénaire et universelle. Il vide et lave, draine les entrailles et remplit l’auditeur ; puis se retire comme la marée, pour ne laisser qu’un apaisant néant. Une fois l’écoute terminée, tu te retrouves seul, serein, en paix. Pur.
Purity arrive, se pose là, remplit le vide, et s’en va.
Il démarre sur les chapeaux de roue, martèle les sols, pleure sa rage puis quitte le monde matériel et emmène son auditeur bien au-delà. On a à peine le temps de s’en remettre que l’outro sonne la fin du disque. Une outro épurée, calme comme celui d’après la tempête. Et te laisse pantois. Une fois l’album terminé, tu assimiles, analyses, comprends.
Car Purity est avant tout purement subjectif. Cet album ne s’écoute pas ; il se ressent, comme un tout, un ensemble. Purity exécute ses sept psaumes et laisse l’auditeur y entendre ce que bon lui semble.
En cela, Purity est universel. Un chef-d’œuvre logique.