Il est devenu complètement superflu de présenter
Darkthrone, le terrible combo de Nocturno Culto et
Fenriz, l'archétype du "true norwegian black metal". Alors qu'on emploie le terme de "culte" à tort et à travers, parfois même pour qualifier de vulgaires feux de paille qui retomberont dans l'oubli quelques semaines seulement après avoir été décrétés incontournables (on ne citera pas de nom),
Darkthrone fait partie de ces groupes qui, au même titre qu'un
Hellhammer, auront marqué pour toujours de leur empreinte ce qu'on appelle le black metal, quelles que soient les multiples directions que le genre a pris depuis.
Après avoir passé dix ans sur Moonfog, sous la bannière duquel
Darkthrone sortit cinq albums, la formation norvégienne fait en 2005 son retour chez Peaceville.
Fenriz et Nocturno Culto en profitent également pour monter leur propre label, Tyrant Syndicate, qui devient d'ailleurs une division de Peaceville. L'idée de l’époque est très claire: continuer dans le sillage musical de ce qu’avaient laissé apercevoir
Hate Them et
Sardonic Wrath, à savoir un black metal renouant les racines rock’n’roll et punk qu’on lui connaît, et qui n’avaient en fait jamais réellement disparu (il suffit d'écouter Panzerfaust par exemple, pour s'en convaincre). Comme si, enfin, cette espèce de refoulement un peu contraint devait finalement se conclure, éclatant à la gueule des pseudo-puristes du black metal qui n’allaient pas manquer d'exprimer leur mécontentement.
On le sait bien en effet, les deux de
Darkthrone sont des immenses fans de punk et adulent des combos tels que –entres autres-
Motörhead. Plus question dorénavant de rester dans une optique traditionnelle black metal et son lot de forêts brumeuses et de désespoir
spectral, les Norvégiens sont décidés, avant tout, à jouer la musique de leurs premières amours, et
The Cult Is Alive va en fait inaugurer, après la brève période death et la plus fameuse -et longue- période black de
Darkthrone, un nouveau cycle dans la discographie du duo.
The Cult Is Alive porte un titre prétentieux et provocateur. Ses paroles, tout comme les morceaux qui le composent, sont un gros doigt d’honneur anticonformiste et couillu, adressé à tous ceux qui pensaient s’arroger le droit de définir ce que doit être ou non le black metal. Il suffit de se pencher sur les paroles de
Too Old, Too Cold : "Nothing to prove/Just a hellish rock n' roll freak/You call your metal black?/Its just plastic lame and weak" ou bien celles de
Shut Up, adressées directement aux poseurs et à l’esprit grégaire d’une multitude de combos sans imagination ("You copy my style/And you call yourself a man").
Musicalement, attendez-vous à un punk-rock crasseux et jouissif, très old school évidemment, une véritable décharge d’adrénaline obscure appuyée par un chant aux éructations sarcastiques dont semble émaner une impression de toute puissance. Le tout, à l'image d'un
Aura Noir ou d'un
Carpathian Forest, est des plus primaires, avec l'impitoyable martellement de ses rythmiques ravageuses et son groove funéraire qui semblent évoquer une sorte d'orgie improbable qu'auraient organisée des types bourrés au Jack Daniel's et vêtus de vestes en cuir recouvertes de patches en plein milieu d'un cimetière. Bref, une sorte de paysage idyllique pour vos prochaines vacances, bien mieux que le camping en tout cas.
Ce disque court et intense nous rappelle que le black metal n’est pas seulement une musique codifiée, un carcan arbitraire défini par quelques juges auto-proclamés, mais aussi et surtout un véritable état d’esprit. Avec
The Cult Is Alive,
Darkthrone ne sort certainement pas son meilleur disque. Pas une tuerie, pas une baffe mythique donc, mais tout de même un opus qui prouve que le terme de "true" est bel et bien subjectif et qu’il ne suffit pas de poser dans les bois avec du maquillage pour avoir l’air dangereux...