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Chronique de Urd

Borknagar  - Urd (Album)

A la table des visionnaires



Borknagar semble avoir repris son rythme de croisière en termes de sorties d’albums. Après la petite période à vide qui a succédé à l’incartade acoustique Origin (2006), la troupe norvégienne au line-up à géométrie variable mais toujours menée par son brillant chef d’orchestre Øystein Garnes Brun, s’est remise sur les rails de la régularité et lâche cette nouvelle pièce d'orfèvrerie tout juste deux ans après la sortie d’Universal, ce dernier ayant eu un retentissement non négligeable dans le microcosme du Métal extrême aux consonances raffinées et avant-gardistes.

Ayant débuté sous le signe de la sauvagerie païenne avec un album éponyme qui diffusait un Black Metal épique et vengeur aux forts accents Vikings - à l'image des premières clameurs d’Enslaved et Ulver - le groupe s’est très tôt délesté du poids de ses influences et n’a eu de cesse de faire évoluer son art vers des contrées à la fois plus progressives, plus nobles et plus raffinées. Une quête qui trouvera son point d’orgue avec les brillants Quintessence (2000) et Empiricism (2001), œuvres avec lesquelles Borknagar parviendra à trouver un équilibre miraculeux entre l’ardeur des origines Black, et une volonté évolutive bardée d’ingrédients progressifs et expérimentaux engendrant une étonnante justesse entre harmonisation complexe et rage impulsive. Une magie que la formation ne réussira pas à convoquer de manière si éclatante sur les opus suivants, malgré des schémas structurels identiques, la faute à une surabondance de l’élément progressif, impliquant plus de dispersion harmonique, une moins bonne lisibilité mélodique, et donc un amenuisement en termes de puissance.

Borknagar revient donc avec ce neuvième témoignage répondant au nom mythologique de Urd, fort d’une expérience de vétéran et d’un atout non négligeable : le retour définitif (après un passage éclair sur Universal) du grand blond à la voix d’or ICS Vortex, qui après avoir essuyé les affres de la désillusion chez Dimmu Borgir, réintègre la communauté après une absence de 12 longues années. Mais l’enfant sauvage Vintersorg demeure néanmoins le chanteur principal. Si l’on ajoute à cette complémentarité déjà élitiste la participation plus poussée du claviériste et chanteur de réserve Lazare (également membre de l’entité Solefald), on a la promesse d’une performance vocale plus passionnante que jamais (alternance d’envolées lyriques colosséennes, de chœurs aériens majestueux et d’âpreté purement Black). Un florilège de textures qui apporte une indéniable plus-value à ce nouveau manifeste d’esthétisme nordique.

Fidèle à une logique évolutive initiée en 97 sur The Oldain Domain, le groupe nous plonge une fois encore dans une opulence harmonique gargantuesque; dans un dédale d’instrumentations puissantes et d’arrangements subtils où abondent charges épiques, soubresauts tempétueux, rythmiques précises et tourbillonnantes aux échos jazzy, éruptions folks, arpèges oniriques, solos cristallins et noblesse progressive saupoudrée de claviers complexes et majestueux aux résonances parfois seventies. Un déploiement de force qui se révèle néanmoins bien plus percutant et savoureux que sur Epic ou Universal, grâce à une orientation faisant la part belle à la fluidité mélodique et à une clarté structurelle plus marquée, tout en conservant cette exigence instrumentale et cette science unique de la polyphonie.
Avec le talent d’un alchimiste, Borknagar combine l’impulsivité naturelle de réminiscence Black à cette sophistication incroyable parée d’une verve progressive étonnante, et force est de reconnaître que la magie opère sans mal. La puissance reprend pleinement ses droits; l’ampleur des atmosphères est ahurissante et les mélodies enchanteresses aux tonalités tour à tour conquérantes, contemplatives et mélancoliques, s’élèvent du néant pour s’abattre sur des paysages grandioses qui se transforment et changent de couleurs au gré des assauts harmoniques, et ce, dès l’entame tonitruante d'Eupochalypse (superbe pièce démarrant sur un rythme enlevé et un riff impétueux aux intonations guerrières enrobé d'atmosphères profondes).
Chaque morceau est une véritable petite odyssée en terres du Nord. Ainsi, comment ne pas saluer la justesse d’inspiration d’un titre aussi marquant que Roots, hypnotisant l’esprit par ses chœurs somptueux et ses riffs à la fois conquérants, solennels et tragiques ?
Comment passer sous silence l’excellence du très "solefaldien" The Beauty of Dead Cities et ses délicieuses fragrances psychédéliques ?
Comment ne pas courber l’échine à l’écoute de l'incandescent The Earthling et de son phrasé mélodique qui reste en mémoire des heures durant ?
De même, comment rester de marbre face à la sensibilité teintée de nostalgie émanant de l'instrumental semi-acoustique The Plains of Memories; ou bien encore face à la richesse émotionnelle que communique le magnifique The Winter Eclipse ?

Urd est un périple dans les méandres d’un monde fascinant habité de rage, de beauté et de mysticisme, et que l’on apprécie ou non le style riche, grandiloquent et classieux présenté ici, il faudrait faire preuve d’une mauvaise foi évidente pour ne pas reconnaître le remarquable sens de la composition et de l’arrangement dont témoignent ces talentueux musiciens.
Les œuvres de Borknagar, bien que ne brillant pas toutes du même éclat, ont toujours nécessité un investissement assez poussé avant de se révéler pleinement. Urd suit en toute logique, et avec toujours autant de passion la voie tracée par ses prédécesseurs, tout en renouant avec la magie qui caractérisait les heures de gloire de la troupe. Il gagne en fluidité, en lisibilité, donc en impact et en émotion pure, grâce notamment à une clarté mélodique optimale et à une diversification vocale tout simplement éblouissante, qui n’a que très rarement été aussi subtilement maîtrisée. Ce nouvel opus nous renvoie donc au temps des mémorables Quintessence et Empiricism, et c’est un réel plaisir de vagabonder dans un tel dédale de sonorités évocatrices.

Au final, Urd démontre que Borknagar reste un représentant de choix sur un segment musical assez glissant, car réclamant un grand sens de la mesure. Alimentant en eau claire les rivières souterraines du Métal extrême depuis 17 ans déjà, cette assemblée de visionnaires oscillant constamment entre zéphyrs et bourrasques mélodiques; entre délicatesse et puissance subtile, persiste dans l’exploration d’un univers personnel et inclassable qui n’a manifestement pas fini de livrer ses innombrables secrets.



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Commentaires


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Oh oui ! Je crois même que j'aime tous les albums de Borknagar ! Au fait, as(tu écouté le projet solo de Vortex ?
lun. 9 avril 12- 22:39  
Etant amateur des travaux de Simen, j'ai bien sûr écouté son album avec intérêt. Storm Seeker est un bon disque mais qui m'a quand même laissé sur ma faim. Il y a beaucoup d'idées, de mélanges de styles, et surtout une performance vocale impressionnante, mais l'ensemble manque pourtant d'intensité et peut-être aussi de cohésion.
Une musicalité de haut vol, à laquelle il manque selon moi un petit quelque chose pour faire réellement décoller l'auditeur...

jeu. 12 avril 12- 07:09  
Oui, je pense pareil que toi. Sauf que je dirais justement qu'il ne manque pas quelque chose, mais qu'il y a quelque chose en trop. Il met le paquet dès le premier album, et au final, l'impact que devrait avoir un disque comme celui-là reste mitigé à cause d'un trop plein d'influences à mon avis... Mais ça reste très bon, notamment au niveau de la voix oui !
jeu. 12 avril 12- 18:35  


Urd - Infos

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Infos de Urd
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Sortie : 26 mars 2012
Genre : Black Metal Progressif
Label : Century Media Records
Playlist :
1. Epochalypse (06:08)
2. Roots (05:55)
3. The Beauty of Dead Cities (04:15)
4. The Earthling (06:51)
5. The Plains of Memories (instrumental) (04:27)
6. Mount Regency (06:08)
7. Frostrite (04:50)
8. The Winter Eclipse (08:45)
9. In a Deeper World (05:42)
écouter : Ecouter l'album



Borknagar

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