Mandylion n’a pas été un coup pour rien. Un coup de chance majestueux venant d’un groupe de seconde zone qui avait pas mal végété avant d’en arriver à produire un pur chef d’œuvre du doom atmosphérique. Pourtant, il était aisé de le penser, après tout, les miracles, ça existe, même si le Vatican est réticent à les valider. Mais rien de religieux avec
The Gathering. La formation batave a enfin trouvé sa voie, après deux albums délicats à appréhender, entre death et chanteurs assez peu concernés par ce qu’ils faisaient, avec une inspiration en berne. Mandylion, propulsé par le chant sublime de la belle
Anneke Van Giersbergen avait remis les pendules à l’heure. Nous avions assisté à une éclosion magistrale avec un disque sombre, lourd et mélancolique à souhait, avec une ambiance très particulière, qui faisait songer à un champ de ruine d’une civilisation passée. Avec
Nighttime Birds, on suit un chemin assez similaire, mais nous délaissons les vestiges des peuplades passées pour la rigueur d’un hiver sans fin.
Mais
Nighttime Birds n’est pas simplement une copie carbone de son grand frère. C’eut été trop facile et les conséquences bien trop catastrophiques. Le schéma de composition reste le même, avec des morceaux aux durées souvent généreuses, sans pour autant atteindre les sept minutes, où la guitare est massive, lourde de sous-entendus sans pour autant devenir trop envahissante. Ce n’est pas là l’élément mélodique principal de
The Gathering qui développe son clavier et ses rythmiques de façon subtile. La batterie est plus posée, mais elle apporte une structure simple et plaisante sur laquelle les claviers de
Frank Boeijen avancent des mélodies somptueuses, sur lesquelles Anneke n’a plus qu’à poser sa voix. Et elle le fait d’une manière raffinée. Son chant gagne en profondeur, du fait que cette fois-ci, elle ait pu participer à la composition et amener ses propres lignes vocales. Elle n’a plus à forcer pour véhiculer les émotions, elles sont innées et ses paroles sont comme une bouche suave qui glisse sur la peau.
Nighttime Birds est donc plus posé, plus calme.
The Gathering perd de sa lourdeur au profit d’une émotion plus grande. Le discours reste proche du doom, mais le côté atmosphérique est bien plus accentué, tandis que le groupe commence à incorporer des éléments qui marqueront leur futur musical (le très rock
Third Chance, excellent mais limite déplacé au milieu des autres titres par son côté plus virulent, la délicate ballade piano/voix
Shrink, magnifique de beauté). Et à chaque fois, on se surprend à se focaliser principalement sur le chant angélique d’Anneke, quitte à se dire que les plages instrumentales ne sont qu’un remplissage sans conséquence.
Car le point faible de
The Gathering, à cette époque, réside clairement dans sa principale force : sa chanteuse. Elle a une présence. Enormément de présence, au point où elle devient le point pivot, la charnière du groupe, c’est sur elle que convergent tous les regards, vers elle que les oreilles se tendent, au point où les musiciens semblent un peu à la peine quand ils doivent remplir l’espace sonore seuls. Mettons les introductions de côté, ils annoncent la teneur des compositions, mais quand Anneke se tait, il est vrai que la tendance est d’attendre une seule chose : qu’elle recommence à nous charmer de sa voix, sirène rousse qui nous conduit vers notre chute.
Mais
Nighttime Birds reste un excellent disque, qui s’écoute toujours avec le même plaisir des années après. Il laissait entrevoir des changements, on ne les aurait jamais pensé aussi radicaux. Mais
The Gathering confirme son génie trouvé et c’est en confiance qu’il éclabousse la scène européenne de son talent avec cet album somptueux, mais un chouia moins imposant que Mandylion, qui restera à jamais leur référence.