A l'écoute des deux premiers albums du groupe, qui aurait parié le moindre kopeck sur
The Gathering. Au mieux moyens, au pire médiocres, ce deux disques ne constituaient pas une base très saine. La dent était salement cariée et tous les dentistes étaient unanimes : il fallait l'arracher, ce chicot nauséabond.
The Gathering n'avait pas d'avenir dans le metal. Cette affirmation, dans le futur, allait prendre une tournure particulière, mais ce qui est frappant, c'est cette reconversion. Entre la cinquième roue du carrosse et le fer de lance d'une nouvelle scène qui ne demandait qu'à s'émanciper, le pas est énorme. Infranchissable.
The Gathering, contre toute attente, l'a fait.
A la recherche d'un chanteur, le groupe tombe sous le charme de la voix de
Annecke Van Giersbergen, un petit bout de femme dont le chant est envoûtant. Même si elle n'aura pas encore le temps de poser sa patte sur l'écriture des morceaux, elle semble vivre les textes qui eux, naissent de sa plume. C'est mélancolique, parfois douloureux. Elle se sert des constructions des morceaux pour dessiner un relief nouveau, pour apporter une profondeur qui jusque là faisait défaut aux Bataves. Mais faire porter toute la réussite de cet album sur les épaules d'Annecke serait ignorer le travail de composition des musiciens, derrière, qui ont enfin pris les choses en main. Les ambiances death disparaissent totalement. Elles ne convenaient guère à la poésie qu'essayait de véhiculer
The Gathering. En optant pour une approche plus doom et atmosphérique, le combo, mené par les frères Rutten, parvient enfin à exploiter convenablement ses idées. Un son lourd, lent, vaguement désespéré, qui respire une certaine forme de nostalgie. Des guitares très présentes, tour à tour mélodieuses (
in Motion #1) ou au contraire plus agressives (les cassures imprévues et essentielles de
Eléanor) marquent cet album de leur empreinte. La basse et la batterie se complètent à merveille pour former une base bien heavy mais aucunement racoleuse. On notera également un clavier plutôt discret, qui sait rester à sa place.
Derrière les manettes,
Siggi Bemm et
Waldemar Sorychta font également un travail de grande qualité, s'arrangeant pour que le chant ne prenne pas tout l'espace, ce qui aurait été tentant, mais qui aurait également été une erreur. Les parties instrumentales, sans être des plus jouissives, développent l'ambiance doucement mélancolique de cet album. Difficile de rester de marbre face au riff introductif de
Strange Machines, premier classique pour un groupe qui n'en attendait pas, comment ne pas frémir face à la grandeur désabusée, tendrement triste, d'un magistral
Sand And Mercury dont les presque dix minutes semblent toujours trop courtes ?
Certains pourront trouver cet album nombriliste, peu motivant. L'absence de voix masculine empêchant tout contraste, on peut penser qu'il manque quelque chose et que ces longs passages où les musiciens ont la parole cachent en réalité un manque d'inspiration. C'est un droit, c'est un risque que les musiciens prennent sans sourciller. D'autres diront que ça sonne trop enjoué et que le doom ne peut pas se présenter ainsi. On ne peut tout à fait leur donner tort même si
The Gathering va au-delà d'un genre. C'est un tout ; il pose les bases d'un style qui sera en perpétuelle mutation.
Mandylion, c'est l'histoire d'un groupe qui de l'ombre, passe à la lumière. Cela peut se rapprocher du conte de fée. La belle princesse a embrassé le vilain crapaud et celui-ci s'est transformé en prince. Métaphoriquement parlant, c'est exactement ça. Un véritable classique du genre, qui a ouvert bon gré mal gré la voix à une multitude de groupes dits "à chanteuses". Sauf qu'aucun de ces groupes n'avancera dans un style aussi subtil que celui développé ici par les Hollandais de
The Gathering.