Difficile de passer à côté de cette pochette qui renvoie à une autre époque, une époque où les religions se livraient une guerre fratricide qui dura quelques siècles et qui sert encore de terreau de nos jours à de nouveaux conflits. Mais passons, ce n'est pas l'intérêt principal du disque. Ici,
Saxon affiche une identité très anglaise et pourtant, on assiste - contrairement à ce que reflète cette jaquette - à un revirement stylistique qui manquera de peu sonner le glas pour les britanniques.
En 1984, la situation de Saxon est plutôt reluisante : popularité confortable, discographie de qualité, prestations scéniques dignes d'un rouleau compresseur fou au milieu d'un élevage de teckels. Mais il manquait quelque chose pour le groupe : la conquête des USA. Et là, le calcul n'est pas très bon et ils l'annoncent ouvertement avec un
Sailing To America pas franchement jouissif : Saxon joue toujours son heavy rock de biker, mais sans fougue, sans grande inspiration... Où sont donc passés les
Princess Of The Night,
The Eagle Has Landed, les
Heavy Metal Thunder ou encore les
Strong Arm Of The Law des précédents opus ? Où est passée la force de frappe qui caractérisait Saxon ? Ce style qui permettait au groupe de toujours bien s'en sortir ?
Parce que franchement, à part l'épique
Crusader, le reste est bien en-deça. Il faut dire que le morceau titre est un petit bijou, qui caractérise très bien ce que doit être une composition épique. Lent mais héroïque, puissant, avec un chant habité de la part de
Biff Byford. Le genre de composition qui éclipse les autres avec une facilité déconcertante.
Ensuite, on assiste à une transformation du son Saxon. D'accord, on trouve toujours l'alternance entre morceaux rapides et mid tempos, une ballade dont une ligne de guitare a dû beaucoup plaire à
Steve Harris, mais ça reste mou. C'est enjoué, ça rocke, mais le son est moins acerbe, moins tranchant que par le passé. Et pourtant le passé n'est pas si lointain que ça... Avec une production clairement destinée à séduire le public américain, Saxon se mettra une partie de ses fans à dos sans pour autant réussir dans sa tentative. Faire du pied peut avoir du style quand on sait y faire et là, ça n'a pas franchement parlé aux cousins d'Outre-Atlantique (US et Canada), alors qu'il a quand même un petit statut de disque référence de ce côté-ci de l'océan. Mouais. Un disque qui atteint ce rang grâce à un seul et unique titre qui tire le tout vers le haut tandis que le reste stagne non pas dans la médiocrité, mais dans un banal indigne d'un tel groupe.
Bref, pour
Crusader. Le reste n'est pas essentiel.