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Chroniques :: Chronique de A Perfect Absolution

Chronique de A Perfect Absolution

Gorod  - A Perfect Absolution (Album)

 8 
10

Machine à claques



Transcendence sorti, Gorod achevait la première partie de son histoire, à la fois fictive et réelle. Fin d'une série d'albums tournant autour d'un concept SF développé par leur chanteur désormais parti. La boucle est bouclée, mais Gorod n'est pas mort non, et son line-up est refait à neuf d'un nouveau hurleur ainsi que d'un jeune guitariste. L'occasion de bâtir une nouvelle histoire, de nouvelles idées artistiques pour leur univers ; loin des excursions fictives précédentes, A Perfect Absolution traite d'un sujet historique, guerrier, mais toujours en lien avec les villes de l'Est. En 945, Igor, roi de Kiev, fut tué lors de la collecte d'un tribut à une tribu pagan voisine qui vivait dans la forêt. L'album traite de la vengeance de sa veuve, Olga, qui le vengeât en envoyant notamment des oiseaux en flammes - la pochette - sur la tribu. Sujet sérieux certes mais ne vous en faites pas, Gorod n'est pas Amon Amarth, et reste sensiblement le même groupe de Death Technique bluffant qu'auparavant, des idées en plus.

Le son est déjà aisément identifiable comme étant du Gorod ; toujours plus propre et précise, la production est plus puissante, et gonfle des compositions souvent très rentre-dedans, avec leurs riffs assassins touchant aussi bien l'école Death classique (« Sailing Into The Earth », son superbe solo mis à part) que l'école moderne et technique, avec le monstrueux morceau-conclusion « Tribute Of Blood » et ses couplets aux allures de long et hypnotique tourbillon de notes aliénantes. Gorod reste donc fidèle à lui-même, et les fans retrouveront la patte des français même si de nombreux changements sont à noter, pour le meilleur en plus.

Les bordelais ayant recruté un nouveau chanteur, il était clair que sa voix allait apporter quelque chose de différent à leur musique. Mais on était loin du compte tant Julien assure derrière le micro, dans un style véritablement différent de son prédécesseur. Car ce dernier restait dans un registre Death old school, qui sied aux amateurs de Death Technique, pour qui le côté froid et implacable du genre requiert une voix monocorde – les fans de la première époque Decapitated se reconnaîtront. Mais ce nouvel arrivant risque de bousculer vos habitudes car sa palette vocale est large, le sieur maîtrisant bien sûr le grawl du Death et le grunt du Grindcore (en moins technique, disons le gruik, comme celui d'un Benighted), école dont il est issu par ailleurs, mais aussi des éléments plus Hardcore, en témoigne « Elements And Spirits », très Metalcore dans ses couplets, les riffs très mélodiques en plus (même si le morceau est assez moyen). A cela s'ajoute une gueulante épique dans le pur esprit de Gojira (la fin de l'excellent « Birds Of Sulphur ») et quelques délires comme du parler sur les morceaux les plus novateurs et surprenants de l'album, comme « Varangian Paradise ».

Ce morceau est l'un des multiples titres comportant des parties originales dont on pouvait retrouver l'écho sur Transcendence. Dans celui-ci par exemple, les guitares conjuguent leur Death à une salsa centrale diaboliquement hors de propos mais complètement imbriquée dans l'ensemble. L'exemple le plus frappant de ces choix artistiques de Gorod est l'excellent « Carved In The Wind », très progressif et mélodique, dont la première partie reste dans l'esprit Gorod, avant d'évoluer vers un pont aérien superbe puis une séquence groovy qui vous colle le sourire avant de continuer son petit bonhomme de chemin vers une partie Rock/Blues dans laquelle le solo joue au ping-pong entre feeling bluesy et sweep néo-classique. Du pur délire vous dis-je, et pourtant, le tout sonne d'enfer, maîtrisé, avec du cran, de l'audace et un sens de la construction qui frôle l'indécence. Mais c'est aussi cela que l'on peut reprocher à A Perfect Absolution : son incohérence. Car si le tout sonne bien comme je l'ai dit, cela n'empêche pas de ressentir comme un problème dans l'équilibre entre le concept et la musique. Si cette dernière est sans frontières et s'autorise des délires stylistiques, il faut avouer que le sujet de l'album ne colle plus. Quid d'une guerre historique dans l'Antiquité si Gorod place du Blues et de la salsa, ainsi qu'un soupçon de wah-wah paradisiaque ? Il y a sentiment de décalage donc, renforcé par la différence de ton entre les morceaux, « The Axe Of God » étant très efficace par exemple, face à un « Carved In The Wind » très moderne et prog.

Mais ce constat négatif est bien maigre face au niveau d'excellence de cette nouvelle mouture de Gorod. Plus loin dans la recherche, plus loin dans les mélanges extra-Metal, un chant plus poussé, plus maîtrisé et travaillé qu'auparavant et une science de la composition et du riff font de A Perfect Absolution une claque Death Technique, avec un bras droit aussi costaud quand il s'agit d'asséner une baffe Death old school que le gauche quand il s'agit de se démarquer par le courage de ses mélanges improbables. Loin de toutes les redites proposées par les groupes actuels, Gorod ose et se fout des conventions, mais il faudra revoir les thématiques, les concepts, pour mieux servir cette musique originale, qui place les français dans le top de son époque.



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Commentaires


Superbe chronique mec! Transcendance m'avait bien plu avec son délire flamenco, et si j'en crois tes dires, cette nouvelle mouture n'a rien à envier au précédent EP! En même temps, la réputation de Gorod n'est plus à prouver! C'est donc avec intérêt que je vais écouter ça!
lun. 5 mars 12- 14:28  
On est loin de l'EP quand même qui était uniquement axé sur le flamenco et l'acoustique mais ça évolue dans un sens plus novateur oui!
lun. 5 mars 12- 19:46  


A Perfect Absolution - Infos

Voir la discographie de Gorod
Infos de A Perfect Absolution
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Sortie : 12 mars 2012
Genre : Death Metal Technique
Label : Listenable Records
Playlist :
1. Birds Of Sulphur (05:10)
2. Sailing Into The Earth (04:58)à écouter en premier
3. Elements And Spirit (05:10)
4. The Axe Of God (03:49)
5. 5000 At The Funeral (05:56)
6. Carved In The Wind (06:21)culte !culte !
7. Varangian Paradise (04:35)à écouter en premier
8. Tribute Of Blood (04:03)à écouter en premier
écouter : Ecouter l'album



Gorod

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Création : 1997
Genre : Death Metal
Origine : France

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