Le Tour du monde en 60 minutes
« Bonjour à tous ! Il est actuellement 14h30 et nous allons arriver au terme de notre voyage. Veuillez regagner votre siège et attacher votre ceinture, nous allons bientôt atterrir à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. La température extérieure est de -2°C, que voulez-vous c’est l’hiver ! » indique le commandant de bord en plaisantant, d’une voix faussement amicale.
Je n’ai jamais aimé cette étape du trajet, celle où on se dit que ça y est, cette fois c’est fini, le meilleur est derrière nous et le train-train de notre petite vie banale va reprendre le dessus. Je ne sais pas vous mais pour moi l’atterrissage a toujours été une source d’angoisse car on ne sait jamais si on va y survivre ou non. On est là, dans son siège qu’on commence à trouver un peu dur après un long périple, à tutoyer les nuages, en attendant qu’une équipe de pilotes « expérimentés » joue avec nos nerfs et notre vie.
Ce n’est qu’une fois les deux pieds sur la terre ferme que l’on peut tirer un bilan de cette expérience. Et franchement, si parfois certains voyages ne laissent pas de souvenirs impérissables, d’autres en revanche vous font presque regretter de ne pas être parti plus tôt. A ce titre, la compagnie Mono remporte la palme d’or.
Mono, c’est la certitude d’une croisière réussie et d’une équipe de professionnels à votre écoute, aux petits soins pour ses clients. Les guitaristes sont en pilotage automatique, la bassiste et le batteur rappellent les consignes de sécurité avec force et conviction. Puis vient l’heure du décollage, sur une petite introduction lancinante, planante et un brin mélancolique, celle de « The Flames Beyond the Cold Mountain ».
Décollage réussi, nous voila parti pour les hauts sommets himalayesques (oui je fais dans le néologisme !), un bol de soupe entre les mains pour supporter la fraîcheur de l’immensité blanche. Mais voilà qu’on suffoque, qu’on étouffe, la hauteur nous fait perdre le peu d’oxygène dont on dispose et ce n’est que grâce à ces quelques arpèges purs et salvateurs que l’on peut survivre dans ce tourbillon céleste qui nous enlève, nous soulève et veut nous faire toucher les étoiles. Une première étape qui nous fait tutoyer l’excellence.
Bien vite, pourtant, la compagnie Mono change de cap, direction les plus belles plages hawaïennes avec « Yearning », un mélange de sable fin, de lagons turquoises et de gigantesques vagues assommantes, dans une ambiance planante qui sent bon le ukulele, la steel drum et les vahinés.
A peine le temps pour l’équipage de nous demander « Are you There ?» que nous voila déjà au-dessus d’un océan de nuages, le soleil en point de mire, en vol vers la contrée locale de Mono, le Japon et ses magnifiques paysages insulaires dans une fresque mélancolico-poétique tout à fait appropriée après deux premières étapes qui ont laissé des traces. S’en suit une paisible escale réparatrice où l’on peut se souvenir des « Remains of the Day » couché sur un lit d’hôtel, à contempler le mont Fuji en consommant un thé.
Mais voilà qu’il est déjà temps de s’envoler vers d’autres cieux (comme la Team Rocket dans Pokémon, oui on a compris !) pour une ultime escale vers la pâle clarté d’une Lune endormie. Le silence spatial est d’or, ne se fait entendre que le ronflement du moteur de l’avion et le passage de quelques minuscules débris de comètes, avant un atterrissage chaotique sur la Mer de la Tranquillité, dernière étape d’un voyage de 60 minutes autour du monde et même au-delà avant le retour sur cette « bonne vieille planète bleue » comme dirait le capitaine Haddock.
60 minutes où Mono vit et fait vivre sa musique avec émotion, énergie, grâce. Un voyage initiatique et introspectif dans les tréfonds de son âme. Un voyage qui vous libère et vous apaise.
La chanteuse Desireless l’avait d’ailleurs dit : « Voyage Voyage plus loin que la nuit et le jour, Voyage dans l’espace infini de l’amour ! » Mono et ce superbe You are There en est l’incarnation parfaite et nous le rappelle à chaque instant de cet effort terriblement mature et inspiré.
Ça y est, ça grouille de monde et ça sent la pollution, me voila de retour au bercail. Dès demain, c’est métro, boulot, dodo… Je retournerai bien en vacances moi…