Moonspell est l’un de ces groupes qui étonnent à chacune de leurs sorties. En effet, après avoir mélangé les styles avec Sin Pecado ou
Darkness And Hope, les portugais ont opéré un véritable retour aux sources avec un Memorial particulièrement puissant et sombre. Puis, pour ne rien arranger, le combo s’est amusé à ré-enregistrer de vieux titres aux saveurs Black-Metal, immortalisé par cet étonnant
Under Satanae.
Tout ceci nous amène à ce
Night Eternal. Avec un nom pareil et une nette tendance à durcir le ton depuis deux-trois ans, autant vous dire que
Moonspell n’est pas prêt de nous pondre du Patrick Sébastien…
Et c'est très bien comme ça!
Autant vous le dire d’entrée,
Night Eternal est certainement la meilleure sortie des portugais, la plus aboutie en tout cas. Bourré de nuances et d’atmosphères rondement menées, l’opus dévoile un parterre particulièrement sombre, mais toujours aussi attrayant, à l’image des vocaux de notre cher Fernando Ribeiro.
Passant d'un chant clair parfaitement maîtrisé à un autre plus extrême et particulièrement puissant (sans oublier quelques chuchotements), le bonhomme prend sur lui pour plonger l'auditeur dans cette musique envoûtante et enchanteresse. Sauf que pour le coup, il n'est pas seul, et ses acolytes nous balancent à leur tour une sacrée prestation... Les riffs sont accrocheurs, les ambiances sont plombées par des claviers effrayants qui se plaisent à peindre un paysage sonore des plus noirs, la batterie est toujours aussi précise... Bref,
Moonspell n'a visiblement pas perdu la main!
Je parlais de nuances précédemment. C'est bien ce qui ressort le plus à l'écoute de ce
Night Eternal: parfois violent et diabolique ("Shadow Sun", le très violent "Moon in Mercury", "Springs of Rage"), parfois plus calme et reposant (le duo avec Anneke Van Giersbergen de
The Gathering sur "Scorpion Flowers", "Dreamless (Lucifer And Lilith)" ou "First Light"), comme pour contrecarrer la puissance et l'intensité de cet opus.
Night Eternal reprend tous les éléments qui ont fait la renommée du groupe: intro inquiétante, petites touches rappelant à la fois Irreligious (pour le côté pharaonique de "At Tragic Heights"), Sin Pecado (pour le début de "Dreamless (Lucifer And Lilith)") ou encore, et c'est le plus flagrant, Memorial (pour la puissance et l'intensité de titres comme "Moon In Mercury"). L'apport du chant féminin (assuré par Carmen Simoes d'
Ava Inferi) donne une dimension autrement plus profonde aux compositions, tandis que les orchestrations sont elles quasi-omniprésentes...
Moonspell nous pond de superbes titres, aux refrains accrocheurs qui raviront les amateurs de Dark Atmosphérique ("At Tragic Heights", "Hers Is The Twilight").
Le titre éponyme, "Night Eternal" renoue avec les titres violents (tout comme "Moon In Mercury"!), dans la lignée de ceux présents sur Memorial. Sur ce morceau,
Moonspell nous prouve qu'il a gardé la rage d'antan (merci
Under Satanae!), "Scorpion Flower" lui rappelera aux nostalgiques l'époque plus gothique du groupe, s'inscrivant directement dans la lignée de "Luna" de Memorial. Anneke et Fernando mélangent leurs voix pour un rendu aérien pas désagréable du tout...
Moonspell prouve qu'il est une nouvelle fois très inspiré, à l'image du riff entraînant de "Hers In The Twilight".
Comme je vous le disais plus haut, l'excellentissime "Dreamless (Lucifer And Lilith)" rappelle par son début l'album Sin Pecado. Mais cette impression s'estompe vite pour laisser ressurgir le
spectre des morceaux présents sur The Antidote. Cela dit, le combo ne nous livre pas une maigre repompe de ses anciens morceaux, nous avons plutôt droit à un titre majoritairement lent, avec un refrain au chant clair particulièrement envoûtant.
Sur
Night Eternal, les compositions respirent la tristesse, le chant est spectaculaire. Au final, nous nous retrouvons ici avec une véritable perle de Gothic Metal! Énorme groupe au sommet de son art, tel est le
Moonspell cuvée 2008! Et ce n'est certainement pas "Spring Of Rage" avec son riff accrocheur qui me contredira!
En parlant de lui, il est d'ailleurs à part dans la discographie de
Moonspell : il s'éloigne quelque peu de ce que le groupe nous propose depuis sa création, en apportant une touche plus Death Mélodique : la rythmique est d'enfer, le refrain hurlé défouraille sévère (pas de doute, ce morceau peut faire un malheur en live!)!
La production, assurée par le grand Tue Madsen, permet à
Moonspell de gagner en crédibilité, tout en assumant parfaitement ses ambiances sombres. Le mix' est plutôt égalitaire, même s'il met en exergue la basse (tenue pour l'occasion par Niclas Etelävuori d'
Amorphis) et les nappes de clavier.
L'artwork est également une réussite: mine de rien bien éloigné de tout ce que le combo a proposé jusqu’alors, force est de constater que le travail de
Seth (
Septic Flesh,
Paradise Lost…) a une fois de plus payé.
Au final, difficile de trouver des défauts à un tel album! On sent bien que
Moonspell vient de franchir un palier avec ce
Night Eternal et même si on peut voir en lui une sorte de synthèse de la carrière du combo portugais, ses nuances et son côté accrocheur permet d'écarter tout ennui. Les ambiances érigées au long de cet opus parviennent à transporter l'auditeur sans mal, c'est plutôt bon signe en général...
Moonspell a frappé un grand coup, faisant littéralement envoler les préjugés pour asservir une nouvelle fois tous ceux qui oseront poser une oreille sur ce
Night Eternal.
Excellent.