Au milieu de toutes ces formations psalmodiant leur haine au travers d'un Hardcore chaotique Blackisant,
The Phantom Carriage tient une place à part. Loin des poncifs déjà usés du blast cradingue écraseur de mélodies et du riff bordélique facile à la mode en ce moment, les poitevins s'essayent à des variantes pour le moins agréables au palais. Jazz, lentes excursions atmosphériques et richesse de la structure constituent leur lieu d'expression, loin des facilités engendrées par un style qui se veut potentiellement old school.
The Phantom Carriage a donc des choses à dire dans cette mélasse grandissante et son propos séduit. Sans être inclassable, leur musique possède son lot de surprises. Les mélodies font le cœur de morceaux faussement âpres, en témoigne la ligne principale de « The Wreck Of My Mental Ship », excellente, et percent des riffs putréfiants soutenus par une voix monotone plutôt épuisante à la longue malheureusement car ne disposant ni d'un panel très large dans son registre Screamo, ni d'une puissance digne du style, même si ses tentatives de chant Jazzy viennent compléter un peu la palette, au risque de paraître trop balbutiante et peu maîtrisée (« Black Rain Falls In Drops »). Mais le melting-pot vendu par le groupe va plus loin, touchant à la fois le Screamo d'un
Orchid, la violence folle de
Comity et les dissonances de
Deathspell Omega. En ce sens,
The Phantom Carriage relève un pari fou: celui de réussir à mêler le tout sans faire une bouillabaisse indigeste et innommable.
Mais les gars n'ont pas de limites et poussent justement leur concept à l'extrême, rappelant en ce sens le jusqu'au boutisme de
Neige Morte ou
Plebeian Grandstand. Eclectisme musical assumé pour un résultat qui sonne très souvent, sur des morceaux recherchés mais qui portent encore parfois la marque trop forte de
Comity, notamment au niveau du son de certaines mélodies (« Black Rain Falls In Drop » ou « The Horses Feed Their Birds ») et du chant guttural. Contrairement aux parisiens donc,
The Phantom Carriage manque d'une patte et ses élucubrations fantasques gagneraient à être placées en plein dans les morceaux au lieu de faire office de transition comme dans le très théâtralo-morbide « Les Fantômes Se Cachent Pour Pleurer » et ses accordéons, violons sur fond de blasts. Pourtant tout est là pour faire du très personnel mais le tout réside dans un mélange plus probant encore, dans un dynamisme qui mêlerait avec brio toutes ces aspirations stylistiques. Car ce n'est pas dans le Black Metal que le combo réussit le mieux mais dans ses délires « je-m'en-foutiste des codes » plaisants à entendre.
La volonté de rendre sa musique violente et aliénante est peut-être là oui, mais le résultat est lui plutôt léger. Loin de
Nesseria ou
Plebeian Grandstand, les poitevins ne parviennent pas à donner une atmosphère percutante à leur premier essai. Souvent étrangère aux morceaux, l'ambiance poisseuse et dérangeante à laquelle on aspire au vu de leur nom de groupe n'apparait pas et si elle apparait, c'est pour mieux s'écraser face à celle promulguée dans les parties non-Metal ou rarement, dans certains riffs par exemple, rappelant une valse mortelle ("The Horses Feed Their Birds"). Le propos de
The Phantom Carriage est donc lui aussi à développer davantage et
New Thing perd en puissance par ce manque d'atmosphères.
New Thing est un premier album qui ne manque pas d'audace certes, mais qui ne va pas encore assez loin dans son avant-gardisme pour totalement convaincre. Ajoutons à cela un certain manque d'atmosphère globale de l'oeuvre que l'on serait en droit d'attendre et un chant pas toujours très percutant – même si l'on peut noter les différents registres couverts – et l'on obtient un bon album mais qui n'a pas vocation à coller une claque monstre ni à rester dans les annales. Pour que
The Phantom Carriage éclate comme un groupe qui a une parole bien à lui, il faut qu'il se saisisse de ces éléments de langage inhabituels dans le Metal et le Hardcore et qu'il en tire une force et des possibilités d'ambiance dignes du film dont il porte le nom.