Roland Grapow et
Uli Kusch n'avaient pas digéré leur éviction d'un groupe qui retrouvait de sa superbe après une longue traversée du désert,
Helloween. Le guitariste s'était même montré très dédaigneux de son ancien groupe, pointant du doigt le caractère de
Michael Weikath ou les lacunes vocales du chanteur
Andi Deris lors de la présentation à la presse du nouvel album, tout en vantant les mérites de son vocaliste, un certain
Jorn Lande qui jusqu'alors était connu pour avoir participé à un album de
Malmsteen et surtout, aux production du génial
Ark. La présence du bassiste
Jan S. Eckert (
Iron Saviour) et du claviériste
Axel Mackenrott donnent même l'appellation lourde à porter de super groupe.
Super groupe... Souvent, un titre de noblesse bidon donné à des réunions d'artistes reconnus mais qui souvent se soldent par des batailles d'égo dont rien de bon n'en sort. Pourtant, dans ce cas précis, le single extrait de ce premier album éponyme mettait l'eau à la bouche. Heavy metal racé, pas des plus originaux vu le passif des membres, mais avec une nette tendance à progresser dans des mid tempos bien amenés. On pouvait déjà remarquer le travail de production, énorme, dopant littéralement le son.
Andy Sneap est venu apporter une touche limite "exotique" à un groupe aux origines teutonnes.
Fort de cette constatation,il ne restait alors plus qu'à se confronter à l'album. Ce sera chose faite en 2003, quelques mois avant qu'Helloween ne propose son conformiste
Rabbit Don't Come Easy. Les fans de la Citrouille risquent d'être déstabilisés, Masterplan ne fait pas de speed mélodique ni de larges pointes de vitesses. En fait, on est bel et bien dans une continuité possible de
The Dark Ride, album d'Helloween de la discorde. C'est relativement sombre, on n'a affaire qu'à des mid tempos appuyés, aux rythmiques carrés et puissantes (Uli Kusch est un excellent batteur dans son domaine). La production permet au groupe de se détacher de ce "german style" qui les aurait au final desservi, même si la patte de Grapow est toujours perceptible, notamment durant les soli.
On trouve du très bon (
Kind Hearted Light,
Spirit Never Die, le single
Enlighten Me), avec des mélodies facilement mémorisables et une excellente prestation générale même si on retiendra surtout la classe de Jorn Lande derrière le micro. Puis il y a aussi quelques plantages, comme le lourdingue
Bleeding Eyes qui se perd entre son approche heavy et une mélodie vaguement orientale à la
Rainbow, ou encore
Heroes sur lequel on retrouve...
Michael Kiske au chant ! Quand on sait que Grapow avait jadis composé
Mr Ego en hommage à Kiske, il y a de quoi se fendre la poire.
Heroes est du coup le titre qui fait le plus songer à du Helloween. C'est sympa un moment, mais c'est tellement décalé au milieu (ah oui, vraiment pile poil au milieu, sixième position sur onze !) de compositions plus heavy et musclées que finalement ça en devient ridicule, comme si Grapow, Kusch et Kiske avaient voulu adresser un bras d'honneur à Weikath... Etrange en définitive.
Sur ce premier album, Masterplan montre de belles choses et se placent naturellement comme une valeur sûre de la scène heavy metal germanique, tant par le background des musiciens qui y opèrent que par l'ensemble très convaincant même si justement, à cause du passif de chacun, on attendait certainement un peu plus. Un hymne réellement fédérateur, un titre autrement plus immédiat et qui aurait ainsi été le fer de lance de la jeune formation. Non, on a juste un bon album, ce qui est déjà pas mal.