Il est difficile de séparer
Ministry et Alien Jourgensen, son leader. Le groupe reste sa chose, avec un maître à bord, imposant ses choix et ses thèmes. De ce point de vue là, pas de surprise: néoconservatisme, capitalisme triomphant et moralisme chrétien en prennent pour leur grade. Mais la forme diffère parfois de ce à quoi
Ministry nous a habitué. Et heureusement pour nous.
En effet, au premier abord, vraiment, rien de nouveau. Des samples (les prières de Psalm 69 ont cette fois cédé la place aux Carmina Burana de Carl Orff), des riffs speeds, une voix hargneuse mais distincte, tous les ingrédients sont réunis. Les détracteurs du groupe n'aimeront pas, les fans adhéreront. Le début n'est pas mauvais, plutôt pas mal même, mais il reste beaucoup trop classique. Cependant, au fur et à mesure des pistes (et des écoutes, il faut bien l'avouer, le disque est plus dense qu'il n'y paraît) un nouveau feeling fait progressivement son apparition. C'est un comble pour du métal industriel, plus porté sur une rythmique carré et binaire que sur des lead guitars, qui s'invitent, d'abord sur Worthless et WKYJ...
Et pourtant, même si les crédits, qui changent pour chaque chanson, font la part belle à Alien Jourgensen, qui va parfois jusqu'à assumer guitare, basse, voix et machines, Scaccia est cité presque à chaque fois pour la deuxième guitare. La pression est moins forte, mais ces interventions ménagent la sauvagerie de Jourgensen, et ces instants de répits rassurent l'auditeur: le disque est cohérent, mais pas uniforme, heureusement... A côté de morceaux peu surprenants comme Now, Wrong et 9WTV, Worthless,mais surtout World et Worms, largement influencé par
Killing Joke, apportent l'air dont aurait pu manquer
Houses Of The Molé.
Ces deux compositions sont littéralement aériennes. La première est dans la lignée la plus pure de l'indus à l'anglo-saxonne: le riff puissant du couplet est du
Killing Joke gonflé aux stéroides, et le rythme lourd et lent ressemble à
Godflesh. Ajoutez à cela des cloches apocalyptiques au possible, et une guitare qui sait être folle quand elle veut, et vous avez la deuxième meilleure chanson de l'album. Car la meilleure est Worms. Plus de violence ici, un harmonica bien en avant, soutenu par les guitares, moins aggressives qu'auparavant, et même des choeurs...C'est d'ailleurs le tour de force de Jourgensen: tout est luxe, calme et volupté (ou presque) et pourtant le coeur de la chanson reste noir, comme le confirme les paroles :"Life sucks and death is calling everyday(...)Knife cuts thru all that I wanted, It's like living in a house haunted...", pour ne citer que le meilleur. Et là viennent les regrets de l'auditeur: "ah, si tout avait été aussi flamboyant, au lieu de n'être que bien!"
En nuançant sa musique, tout en gardant un propos extrêmement critique, Jourgensen parvient à faire vraiment décoller l'album, qui en est plus que "juste sympathique. Malheureusement, ce final trop majestueux nous fait prendre compte que le début est assez convenu et aurait pu tutoyer les étoiles. En gardant la rage au détriment de la folie,
Ministry nous livre une charge efficace, là où il y aurait peut être pu y avoir un trip intersidéral...