En 1992,
Ministry n'en est plus à son coup d'essai vu que Psalm 69 est déjà le cinquième album d'un groupe qui n'a pas toujours évolué dans le domaine du metal indus, le virage s'étant amorcé réellement sur The Mind Is A Terrible Thing To Taste. La pochette est énigmatique, le verso encore plus quant à son contenu. Sur la tranche du boîtier du CD, on peut lire le titre de l'album en grec ΚΕΦΑΛΗΞΘ suivi d'un 69 hellénique. Contrairement aux apparences, le groupe ne fait nullement référence à la Bible, plutôt à Aleister Crowley, chapitre 69 du Livre des Mensonges. Bref, c'est tout un programme auquel nous convie
Ministry avec cet album atrocement dense, ce qui rend parfois son écoute très indigeste.
En effet, dès les premiers morceaux, on est happé en profondeur par des lignes de guitares rapides mêlées à différents samples et autres bruitages développant une ambiance froide et malsaine. Le chant d'écorché vif de
Al Jourgensen se veut strident, vrillant les oreilles par des cris et autres éructations sèches et assenées sans pitié. Ce n'est pas particulièrement violent physiquement, mais moralement, c'est une autre histoire.
Ministry opère un sérieux travail de sape sur l'auditeur avec sa combinaison entre le metal et les machines, dans une démarche parfois jusqu'au boutiste (
TV II et sa batterie semblable à des blast beats agresse littéralement par son côté bruitiste).
Les premiers titres se veulent donc rapide, presque insoutenable dans leur vitesse d'exécution. Le rendu est quant à lui heavy, il ne laisse aucune chance à l'auditeur qui se retrouve confronté à ce chant déshumanisé, ces refrains efficaces qui résonnent comme autant de plaisirs coupables. Puis le morceau
Jesus Built My Hot Rod fait office de charnière bienvenue. Ce titre, très second degré grâce au chant accéléré et cartoonesque, assuré par
Gibby Haines fait presque office de pause avant que
Ministry ne joue la carte des mid tempos lugubres.
Scarecrow et
Plasm 69 sont lourdes et lancinantes à la fois. La seconde se veut même très ambitieuse avec ses samples symphoniques du meilleur effet qui viennent contraster avec la rigueur de la musique et le chant de Jourgensen, très agressif.
Malheureusement pour lui, ce disque intense s'achève sur deux autres titres plus dispensables, comme si l'inspiration venait subitement à manquer. On reste dans cette ambiance froide et malsaine, mais entre des paroles répétées ad libitum et un instrumental, la sauce prend nettement moins bien. Une baisse de régime qui, additionné au côté extrême de la musique développée, donne envie d'abandonner après le morceau titre qui aurait été quant à lui une très belle révérence pour un album qui peut en prime devenir lassant au bout d'un moment, quand on est pas habitué au style.
Avec Trent Reznor et
Nine Inch Nails,
Ministry se place à la proue du navire industriel en ce début de décennie. Un genre relativement nouveau lié au metal, que l'on avait déjà connu avec le punk et qui allait prendre un certain essor même si
Ministry fera toujours figure de vilain petit canard, irrévérencieux et vindicatif. Psalm 69 est un album feu d'artifice qui mettra d'ailleurs la barre un peu haute pour un groupe qui n'était peut-être pas destiné à exploser de la sorte. Pas forcément facile d'accès, souvent déconcertant, il demeure néanmoins une valeur sûre dans ce paysage musical si particulier.