«Nous interrompons un instant vos programmes pour un flash d’information spécial.
Nos journalistes dépêchés au palais de l’Elysée viennent à l’instant de nous confirmer que la France reprend officiellement ses essais nucléaires dans le Pacifique. Les rumeurs sur cette nouvelle batterie de tests qui circulaient depuis plusieurs jours sont donc fondées. Sans plus d’informations, il nous est impossible de vous dire quelle tournure prendront les évènements, mais pouvons toutefois vous annoncer que de nombreuses manifestations sont prévues dans le Monde entier, et que l’ONU a invité la France à répondre de cette décision devant le Conseil de Sécurité, duquel elle est exclue pour l’occasion…»
J’imagine d’ores et déjà que la référence à
Kyuss n’aura pas échappé à certains d’entre vous, et si ce terme pour le moins «atomique» venu se substituer aux nues pour l’occasion peut sur le coup prêter à confusion, il ne pourrait y avoir de mot plus représentatif de ce qu’est une musique telle que le
Doom Metal, qui donne l’impression d’être d’abord enveloppé, puis littéralement submergé par le son que crachent les hauts-parleurs. Mes amis, chers lecteurs, bienvenue en zone irradiée. Bienvenue à… Bordeaux !
C’est en effet sur les côtes de l’Aquitaine, une région principalement connue pour son vin hors de prix, que s’est formé lors de l’hiver 2007
Mars Red Sky, power-trio composé de Julien Prast, Jimmy Kinast et Benoît Busser.
Après avoir mené son destroyer sur les routes d’Europe, puis sur les scènes de certains grands festivals (notamment les Eurockéennes), le combo revient début
Novembre 2011 avec un tout premier album, sobrement intitulé «
Mars Red Sky», sous l’égide du label
Emergence.
La platine a tout juste le temps d’avaler la galette que déboule «
Strong Reflection», qui nous emporte dans un maelström de basses tonitruantes et de riffs suintants, le tout pulvérisant copieusement tout sur son passage au rythme de la batterie.
Toutefois, un élément en particulier nous saute aux oreilles : le chant.
Habituellement, dans le
Doom ou le
Stoner «moderne», on a plus l’habitude d’entendre le chanteur beugler qu’autre chose (à l’inverse du
Doom «traditionnel». Je pense en particulier à
Candlemass et à la voix de
Messiah Marcolin), mais ici, il n’en est rien. La voix de Julien, claire et mélodique, apporte une dimension toute particulière à la musique du trio, et donne un côté très aérien à des compositions brutes et très «terriennes», ce qui, il faut bien l’avouer, fait toute la différence.
Ce premier titre est en tout cas tellement bien foutu et accrocheur (ce refrain, ce refrain !) qu’il est destiné à devenir un hymne intemporel dans la discographie de
Mars Red Sky, au même titre que le «
Ace of Spades» de
Motörhead ou le «
Stairway to Heaven», de
Led Zeppelin.
Inutile de dire que cette entrée en matière n’aurait pas pu être plus réussie…
Avec son mélange de genres aux confins du
Doom, du
Stoner, du
Rock Psychédélique et parfois même du
Blues, la mixture martienne prend bougrement bien, et piétine allègrement les plates bandes des plus grands noms du genre, comme
Kyuss (comme quoi la référence au 3ème album du combo dans le titre n’était pas le fruit du hasard),
Reverend Bizarre,
Electric Wizard, ainsi que certains des plus grands noms du Rock des années ’70, vous l’aurez compris.
Des titres comme «
Marble Sky» par exemple, qui voit la participation de Jimmy au micro, dans un registre légèrement différent mais tout aussi bien fichu, ou encore «
Curse», ont en effet un feeling très seventies dans l’âme, à l’inverse des deux instrumentaux, en premier le très désertique et plombant «
Falls», puis «
Saddle Point», presque réconfortant, et très planant avec ses airs faussement Post-Rock…
Doté d’une production en béton armé, qui fait la part belle à la basse et aux pistes de voix, cet opus est manifestement le fruit d’un long travail, et on sent chez ces musiciens le potentiel pour s’imposer sur la scène internationale.
Seule petite ombre au tableau, la brièveté de l'album, mais comme on dit, «quality over quantity»...
En tout cas, pour un galop d’essai,
Mars Red Sky fait très fort !
Évidemment, ils n’ont pas inventé la poudre, mais ils ont su la remettre au goût du jour, et savent terriblement bien s’en servir, et le chant, magnifique, est l’un des éléments déterminants de ce disque, tant il tranche avec les productions actuelles, et nous emporte loin, très loin dans l’univers du groupe...
En bref, au terme des 39 (courtes) minutes de l’album, on en redemande, encore et encore, et je ne pense pas trop m’avancer en disant que celui-ci deviendra très vite un must have chez tous les fans de
Doom et de
Stoner qui se respectent.
Reste à savoir si les Bordelais seront suffisamment inspirés pour passer le cap de l’excellentissime premier album, sur lequel bon nombre de formations se sont cassé les dents.
A écouter tranquillement allongé sur un transat au moment du crépuscule, en prenant le temps d’admirer la majesté du Soleil couchant…
En un mot : Divin.
"Nous interrompons à nouveau vos programmes pour un autre flash d'informations.
L'avion du Président de la République a été pris pour cible par un groupe de preneurs d'otages.
Nous ne savons pas pour le moment si ses occupants sont encore en vie, mais cette action survient suite à l'annonce de la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique. Nous vous tiendrons informés en temps réel sur [...]"