On avait laissé
Skid Row avec un album de hard US de bonne facture et on attendait un autre opus dans cette veine. Autant dire que ce Slave To The Grind en a étonné plus d'un. C'est comme si nous avions affaire à deux groupes distincts tant les différences sont importantes. Les petites mélodies ont laissé place à de gros riffs qui envoient la sauce, les rythmiques se font plus lourdes.
Pantera était passé par là avec son
Cowboys From Hell et les membres de Skid Row ont dû l'écouter avec attention.
Bref, Slave To The Grind évolue dans un heavy/power metal à l'américaine, sans que le résultat soit aussi abrasif qu'un Pantera. Le chant de
Sebastian Bach est certes plus violent, mais on retrouve également ce côté cristallin qui avait fait des merveilles sur le premier album éponyme. Proposant toujours des morceaux relativement courts (la plupart n'atteignent pas les quatre minutes), Skid Row progresse dans son argumentation, débutant calmement pour terminer sur une note plus douce encore. Mais entre temps, on passe plusieurs strates, du sarcasme à la rage, de la moquerie à des moments plus tendres.
Monkey Business, qui prend son temps pour se mettre en place, est un petit bijou, avec son riff heavy et son débit de paroles très saccadé.
Slave To The Grind est limite thrash : riff syncopé, puissant, batterie monstrueuse, chant rageur... Des soli courts, les guitaristes ne s'attardent pas en bavardages inutiles, d'où un sentiment d'urgence proche du punk, genre de prédilection de
Rachel Bolan, bassiste et l'un des principaux protagonistes de ce disque. Les trois ballades
Quicksand Jesus,
In A Darkened Room et
Wasted Time rappellent que Skid Row excelle dans cet exercice difficile. Là où certains groupes auraient perdu en impact, il n'en est rien ici. Chacune est parfaitement à sa place et permet à Bas de s'illustrer dans un registre mélodieux.
On pourrait citer de nombreux morceaux. Certains sont tout simplement très bons, d'autres passent un peu plus inaperçu au milieu de ce déluge (ponctué de quelques éclaircies de douceur, somme toute relatives, il est vrai). Les progrès sont étonnants. Skid Row s'est comme réinventé et a dû donner de sacrées crises d'urticaires à ses premiers fans qui ont sans doute eu du mal à avaler la pilule sur le coup. Et pourtant, Slave To The Grind a cela de remarquable : le groupe n'a pas tout à fait renié son passé (cf les trois ballades), mais il a su s'adapter à son temps pour survivre, sentant probablement le vent changer. Car en 1991, qui attendait réellement un autre album dans la veine du premier ? Les Européens qui venaient tout juste d'y succomber ? Les fans américains dont les goûts sont réputés évoluer au gré du tout puissant MTV ?
Skid Row ne trahi pas ses fans et même si Slave To The Grind est complètement inattendu, limite incongru, il n'en demeure pas moins le coup d'éclat d'un groupe qui aura été porté trop rapidement aux nues. Un géant proclamé qui ne résistera pas à la pression du succès. Slave To The Grind, c'est le disque de Skid Row à posséder en priorité. On peut se passer du reste, mais celui-là, il a un parfum de revenez-y irrésistible. La classe, quoi.