Qu'il est complexe de démarrer, avec la sincérité qui doit obligatoirement caractériser le chroniqueur, l'examen d'un album où, à priori, certaines qualités font défauts.
Plusieurs choix s'offre alors à l'analyste. Il peut se contenter de décrire les quelques rares sources de satisfactions que lui procurent l'œuvre en parant son discourt d'un vernis craquelés de dithyrambes flatteuses et en restant évasif sur les imperfections. Se faisant, il ménage les sensibilités de chacun et préserve ses intérêts en maintenant son capital sympathie intact. Il faut bien reconnaitre que la méthode facilite grandement la tâche mais n'a que peu de sens. Et puis inutile d'ajouter qu'un tel énergumène n'a pas saisis les tenants et les aboutissants d'un exercice dont le but est d'informer ceux qui daignent le lire. Celui-ci, bien évidemment parlera essentiellement de sa personne, de ses émotions, de ses connaissances, de ses certitudes.
Plus méticuleux, celui qui a compris son rôle mettra en exergue toutes les qualités mais aussi tout les défauts de l'opus en question et ce afin que le lecteur ainsi avertis puisse faire son choix en toutes connaissances de causes. Celui-là, quant à lui, parlera surtout de l'album, de la musique, de contexte.
Mais inutile de s'égarer plus longuement en des discussions superflus, ce Learning to Fly, premier pas des bulgares de Krossfire s'alourdis, effectivement, d'imperfections assez ennuyeuses et qu'il est assez difficile de taire.
Mais soyons plus précis et commençons par ceux qui sont les plus rédhibitoires. Si l'album s'articule en plusieurs parties étonnamment distinctes et étonnamment antinomiques, dans l'ensemble, Krossfire s'y dévoile sans doute un peu trop ambitieux en tentant de défendre un Heavy Power Prog d'influence, à l'évidence, européenne. Des inspirations dont il ne parvient pas toujours à maitriser toutes les subtilités et avec lesquelles il compose parfois des morceaux confus dans la seconde parties de cet album, et terriblement monolithique et convenus dans la première. Ne parvenant ainsi pas intégrer toutes ces influences pour en donner une vision personnel, la sienne; il s'égare tantôt dans un style, tantôt dans l'autre. Egarant, du même coup, un auditeur un peu décontenancé par ce mélange, ou plutôt par cette absence de mélange.
La première partie de cet opus est donc aride et après un préambule instrumental trop long (Vision), le groupe s'y enlise un premier titre poussif aux rythmes et aux développements pesant (Warmachine) où seul les atmosphères succinctes pseudo-orientales sont intéressantes. Continuant sur ce chemin abrupte, le groupe nous offre ensuite un titre (How Can There Be...?) dans lequel on peine à percevoir les différences, hormis ces attrayantes envolés où le rythme s'accélère et où les pianos apparaissent, avec les deux autres titres qui nous ont déjà desséché l'esprit. La traversé de ce désert désolé se poursuit jusqu'à cet instant béni où l'oasis Learning to Fly vient, enfin, nous délivrer de nos turpitudes. Dès lors l'œuvre prend une autre dimension et s'illumine de quelques vertus laissant entrevoir quelques belles aptitudes de la part de ces bulgares.
Bien évidemment, toutes les imperfections qui rendaient l'album jusqu'alors pénible n'ont pas totalement disparus et, par exemple, l'emphase déclamatoire solennelle d'un chanteur à la gravité et au sérieux ampoulé, donnant à l'ensemble une lourdeur parfois embarrassante, reste de mise. Manquant de cette nuance si salutaire, il semble parfois peiner à véhiculer autre chose que l'émotion minimal transparaissant dans ses chants médiums.
Bien évidemment, la production reste, elle aussi, étrangement déséquilibré et certains instruments peinent toujours à occuper l'espace dont ils auraient pourtant besoin.
Néanmoins, en cette seconde parties, Krossfire réussi à composer des titres plus attrayant où son accointance pour les mouvances Prog aura, tout de même, l'énorme avantage de nous offrir, enfin, quelques variations indispensables. Et ainsi des pistes telles que Learning to Fly, Touch of Destiny, False Reality ou encore, par exemple, Angels Cry révèle un potentiel créatif nettement plus prometteur que ce que nous laissait entrevoir une première partie terne.
Learning to Fly est donc un album qui n'est pas totalement dénué d'intérêt mais qui souffre de bien trop de défauts pour véritablement être loué.