Généralement, l'usage consistant à ajouter des voix féminines n'est qu'un vernis dont l'objectif inavouable est de masquer l'insuffisance imaginative de musiciens peu inspirés. Caution artistique d'une démarche imprudente, la demoiselle se contente alors souvent d'embellir un propos terne où la grisaille crasse habite ce vide créatif abyssal où les artistes moyens croupissent, obnubilés par des idées étroites et hantés par une seule ambition: la reconnaissance. Pourtant, sans la force d'un univers riche, sans un message, même simple et naïf à transmettre et sans la volonté de partager un fond un tant soit peu émouvant, le particularisme d'une voix féminine ne peut faire illusion bien longtemps. Les échecs nés de nombreuses tentatives gauches ont fait éclore de nombreux préjugés négatifs à l'encontre des genres usant de cet artifice.
Pourquoi énoncer ici un constat aussi manifestement défaitiste sur une démarche aussi répandue? Tout simplement parce que dès lors qu'il sera connu de tous que la parole de Rizon se partage entre les mots de la belle Seraina et entre ceux du sémillant Matthias Götz, ces préjugés concernant l'inutilité de ces voix féminines usées comme d'un apparat, resurgiront immédiatement. Néanmoins, le procès aprioriste est proprement inique. Et ce d'autant plus qu'incontestablement, l'un des atouts les plus déterminant de cette formation réside dans l'utilisation de ces deux chants au cœur d'un nouvel effort intitulé Masquerade fort prometteur.
Néanmoins, le point le plus crucial de la réussite de l'entreprise duetiste réside dans le fait que les helvètes auront eu la sagesse de composer ce partage de chant dans la complémentarité et non dans l'opposition.
Le groupe semble de surcroît avoir écrit ici les pages d'un récit Heavy Power Mélodique plutôt efficace, où la force de cette dualité s'affirme remarquablement. Conjuguant cette valeur à un travail mélodique plutôt séduisant, principalement sur des refrains souvent très réussis, Rizon parvient donc à nous convaincre. Et des chansons telles que les excellents "High Flyer", "Sign from Eternity", "Masquerade" ou encore telles que les intéressantes "Remotion", "Lost in Silence" ou "Bells", ne sauraient démentir le plaisir ressentis.
Bien évidemment, l'œuvre n'est pas exempte de défauts, et l'on regrettera par exemple, parfois, que Rizon n'y est pas fait preuve d'un peu moins de classicisme. Mais aussi d'un peu plus d'audace.
"Tears of the Sun", ballade affublée d'un préambule et d'un final aux allures de ritournelles moyenâgeuses où ménestrels et troubadours semblent venir succinctement nous conter de merveilleuses histoires, est par exemple un titre souffrant de ce conservatisme un peu trop notoire. Il laisse cependant un sentiment plutôt agréable, grâce surtout aux soins mélodiques apportés à la composition : une fois encore de très bons refrains.
"Out of Nowhere", est quant à lui un petit péché d'orgueil aux airs nordiques parfois un peu trop flagrants (
Stratovarius).
S'agissant d'imperfection plus subjective qu'il me soit permis de faire ici, et maintenant, un petit aparté certes inhabituel mais tout à fait indispensable. Je me dois de confesser qu'à titre tout à fait personnel, les morceaux défendant une exception culturelle linguistique autre que celle de ma propre patrie sont souvent, me concernant, le théâtre de sentiment mitigés. J'ai en effet peu d'attachement pour les titres chantés dans la langue de Goethe, de Tolstoï ou de Cervantès. Ainsi, les instants passés durant l'écoute d'"El Dios", morceau de bravoure entièrement interprété en langue hispanique, ont été assez pénibles. Et ce d'autant plus que même sans Matthias et Sareina, le titre semble parfois maladroit. On déplorera par exemple, l'usage emprunté et pataud de percussions dans ses couplets.
Quoiqu'il en soit, ce Masquerade, troisième album de Rizon, est une œuvre qui regorge de suffisamment de qualités pour nous offrir de grandes satisfactions.