Avec le temps et une certaine dose de talent,
Drudkh est parvenu à devenir l'un des groupes les plus respectés d'Europe de l'Est. Et pour cause, les ukrainiens ont sorti d'excellents opus (Autumn Aurora, Blood in our Wells...), qui ont su marquer de leur empreinte une scène Black Metal qui se voulait être l'alternative européenne des combos scandinaves.
Pourtant,
Drudkh fut souvent critiqué pour la redondance de sa musique qui, il faut bien reconnaitre, avait tendance à réutiliser encore et toujours les mêmes artifices qui ont fait sa renommée (qui a parlé de Microcosmos?). Et voilà qu'en 2010, Handful of Stars parait et surprend l'auditoire avec une certaine envie d'évoluer vers quelque chose de moins Burzumesque. Tout ceci nous amène à Eternal Turn of the Wheel, neuvième album du gang de Kharkiv, qui entend bien prouver que
Drudkh est encore à la hauteur de sa renommée...
Tout comme son prédécesseur, ce tant attendu nouvel album se pare d'un artwork mystérieux, qui casse les codes établis par le groupe lors de ses premiers albums (les paysages, les forêts...). Un bien bel objet, qui invite à entrer dans le monde si singulier de
Drudkh.
Et c'est par les sons d'un vent glacial que l'auditeur s'immisce dans cet univers. Après une courte intro, "Breath of Cold Black Soil" fait résonner une production très convenable, qui illustre par la même occasion un retour à un Black Metal Atmosphérique et épique. Oui, la période Shoegaze/Black gentillet d'Handful of Stars est mise de côté, du moins dans la construction des morceaux qui optent pour une rythmique effrénée (c'est vraiment le cas avec "When Gods Leave their Emerald Halls"!) et des vocaux toujours aussi prenants.
Ceci étant,
Drudkh garde son immense savoir-faire dans l'élaboration de ses atmosphères. On ne peut que saluer le boulot abattu avec "Breath of Cold Black Soil", qui se révèle être l'une des meilleures pièces des ukrainiens avec son ambiance glaciale et ses belles mélodies.
Avec ses 36 petites minutes, Eternal Turn of the Wheel ne cesse de faire des clins d’œil à son passé. En mélangeant les mélodies éthérées d'Autumn Aurora ("Breath of Cold Black Soil" bien sûr) à un zeste de Blood in Our Wells ("Night Woven of Snow, Winds and Grey-Haired Stars"),
Drudkh entreprend un voyage dans le temps qui, à défaut d'être clairement original, se veut accrocheur.
On ne renie pas pour autant le fameux Handful of Stars d'il y a deux ans. Au contraire, ses influences restent palpables, notamment grâce à ce côté accessible qui pré
domine sur "Farewell to Autumn's Sorrowful Birds". Les claviers sont d'ailleurs de la partie, et ne sont pas étrangers aux ambiances érigées par ces longues compositions...
On ne peut pas dire qu'Eternal Turn of the Wheel soit un mauvais album. Et pourtant, une sensation assez étrange nous envahit à son écoute, comme si le groupe n'avait pas osé transformer l'essai qu'il avait planté avec Handful of Stars. Là, on a l'impression que
Drudkh a fait machine arrière pour revenir à quelque chose de plus conventionnel (pour lui); même si on ressent encore les effets de son précédent album, il y a de quoi être perplexe quant à la démarche des ukrainiens (je saute, je saute pas???)...
Heureusement que les atmosphères sont plus que convaincantes!
Si avec son Handful of Stars
Drudkh nous a prouvé qu'un brin d'originalité ne pouvait qu'être bénéfique à ses compositions, force est de constater que cette fois-ci, le groupe joue la sécurité en réalisant un bon album mais assez commun comparé à sa discographie. Ceci étant, Eternal Turn of the Wheel garde quelques bribes de son prédécesseur et les mélange à un Black Atmosphérique qui garde un côté épique et majestueux. En cela, on serait tenté d'affirmer que cette sortie représente un habile croisement entre Handful of Stars et Blood in our Wells, avec un penchant pour les atmosphères d'Autumn Aurora...
C'est alléchant, mais finalement peu audacieux...