C’est tout juste un an après la parution de
Par Haut Bois Et Vastes Plaines que nos cousins québécois de
Forteresse arpentent à nouveau les sentiers de la rébellion, plus que jamais animés de cet esprit de résistance qui fait bouillonner leur sang, et bien décidés à poursuivre quoi qu’il arrive leur respectable lutte identitaire. Un combat initié en 2006, qui a trouvé sa source dans l’humus d’un Black Metal épique d’obédience scandinave mais néanmoins détenteur d’une forte identité culturelle. Durant ces quelques années placées sous le signe de la préservation des valeurs qui lui sont si chères, le groupe nous a transporté au gré de ses œuvres dans une tourmente patriotique peuplée de paysages changeants et hauts en couleurs.
Ayant coulé les fondations de son édifice musico-philosophique avec une texture froide et robuste aux couleurs résolument agressives sur le bien nommé
Métal Noir Québécois, Forteresse a par la suite tempéré ses élans de bâtisseur en polissant considérablement les angles de son monument. Ainsi, dès
Les Hivers De Notre Epoque, les atours vengeurs et exaltés ont laissé place à des courbures plus nuancées, dévoilant des angularités plus évocatrices mues par l’adjonction d’éléments atmosphériques et d’une expression globale se recentrant sur un aspect purement intimiste. Une expression qui donna lieu au final à un résultat majoritairement contemplatif, bien que l’amertume y soit toujours palpable même si plus discrètement exprimées.
Une colère latente mais toujours bien présente, comme enfouie sous une sorte de sérénité parée de tristesse et de résignation, que le groupe a d'ailleurs encore accentuée sur
Par Hauts Bois Et Vastes Plaines, ne laissant juste résonner que l’écho de sa rancœur à travers le spectre de l’introspection et du recueillement…
Musicalement, c’est donc avec un certain étonnement que l’on assiste avec ce
Crépuscule d’Octobre, à un véritable regain de fougue et de combativité qui avait partiellement disparu de l’expression de Forteresse jusqu’alors.
Et pour cause ! Car ce "nouveau" chapitre est en fait un enregistrement datant de l’époque de
Métal Noir Québécois. Ces pièces ont en effet été principalement composées juste après la sortie du premier album, ce qui explique mieux les similitudes qu’elles évoquent avec ce dernier.
Crépuscule d'Octobre renoue donc avec le panache, le traditionalisme et la frénésie qui nous avaient interpellé à l’époque, en ravivant les sentiments de dissidence et d'ardeur qui vibrent au plus profond de nous. Le groupe propose ici six hymnes froids et guerriers, mais toutefois porteurs d’atmosphères majestueuses et mélancoliques dans la pure tradition des 90’s.
A l’image des premières exactions de
Satyricon,
Taake et autres
Kampfar, Forteresse distille une musique vengeresse uniquement portée par l’exaltation des sentiments qu’elle véhicule. Une musique glaciale et épurée qui s’abreuve de mélodies répétitives, de riffs minimalistes et de rythmes tour à tour lents, hypnotiques et acharnés, entraînant le corps et l’esprit dans un tourbillon d’honneur et de fierté. Un art qui bien entendu, n’a nullement vocation à entrer dans les annales du genre souterrain qui est le nôtre, mais dont la sincérité et l’authenticité devraient pourtant servir d’exemple à bon nombre de fumistes qui infestent hélas une scène croulant sous le poids des imposteurs et des déchus…
Majoritairement longs et volontairement prisonniers des codes dont ils se nourrissent, certains morceaux comme
Spectres du Soltice ou encore
Enfants du Lys dévoilent à terme une inévitable monotonie due à leur trop grande linéarité et à leur redondance coupable. Néanmoins, l’album s’écoute avec un plaisir non feint, et c’est avec nostalgie que l’on se prend assez régulièrement à fermer les yeux et à se laisser porter dans les méandres gelés de cet univers tempétueux et poétique mis en relief par des textes évocateurs déclamés dans notre belle langue de Molière.
A défaut de bouleverser le paysage de l’art noir,
Crépuscule d’Octobre permet donc au groupe de dépoussiérer des compositions enfouies dans ses sombres archives, nous offrant ainsi l’occasion de savourer un agréable moment de Black Metal épique qui fait honneur aux fantômes du passé.
Ravivant le brasier de la révolte,
Forteresse reste debout et fier face à l’adversité en perpétuant un art qui entérine définitivement le mode de vie qu’il a depuis longtemps choisi de défendre. Un mode de vie guidé par une puissante fibre insurrectionnelle et à jamais porté par cette soif de liberté qui enflamme finalement le cœur de chacun.