2011 aura été riche en rebondissements et révélations en tous genres dans le marasme des sorties metal. Au risque de déplaire à certains quidams de la bonne pensée et de la langue bois, l’année écoulée fut criminelle pour plusieurs ténors du mouvement des ombres (au hasard
Morbid Angel). Les vieux briscards semblent, à l’heure actuelle, sous perfusions et n’attendent qu’une dernière piqûre de rappel pour pouvoir déjouer les assauts incessants de jeunes formations coléreuses. David n’a-t-il pas tué Goliath ? Quoiqu’il en soit, chez nous,
Amoeba aura ravagé l’appartement de la voisine. Chez nos cousins québécois,
Karkaos semble avoir toutes les cartes en mains pour s’imposer rapidement avec leur tout premier EP totalement autoproduit et dignement nommé « In Burning Skies ».
Empruntant les chemins bouchonnés du death mélodique,
Karkaos l’agrémente de jolies trouvailles mélodiques sombres et symphoniques afin de capitonner des compositions au souffle épique et aux tableaux flamboyants. Cette démarche héroïque renvoie ainsi directement aux œuvres d’
Eternal Tears of Sorrow ou plus récemment à la dernière aumône des autrichiens de
Red Descending.
Soyons clairs, les québécois ne révolutionnent rien, ils apportent juste une pierre neuve à un édifice vacillant. Ainsi, éliminons les tares qui risquent de venir alourdir notre écoute minutieuse de cet opus. Notons, en premier lieu, une batterie un poil en retrait au profit d’une guitare cinglante, ce qui est réellement dommage. Un mixage mieux réparti aurait dynamité les compositions vers les cieux étoilés du dieu Odin. En second lieu, l’amateur averti d’un tant soi peu de mansuétude pourra pester contre cette satanée voix claire masculine et hors propos (« Awaiting the Clock's Last Turn »), heureusement utilisée avec parcimonie.
Au-delà de quelques écueils caractéristiques aux jeunes formations, il ne fait aucun doute que la formation québécoise saura vous divertir au terme de ces 25 minutes de richesse musicale. Si la ténébreuse Veronica Ortiz Rodriguez ne vous fait pas flancher avec ces vocaux tantôt criés tantôt growlés (Angela Gossow n’est pas loin), les riffs acérés ou encore l’atmosphère sombre et écarlate devrait avoir raison de vous. Prenons l’exemple de « The Last Stand » et son intro très folklorique rappelant les beuveries interminables de
Alestorm ou encore
Korpiklaani. Là encore, le savoir faire du groupe n’est pas à démontrer. Le claviériste livre ici une partition sinistre au dessus d’une partie presque jazzy, tout en encerclant des riffs diablement séducteurs. Et bien évidemment,
Karkaos nous chavire vers des contrées épiques et crépusculaires avec une déconcertante facilité, tout en organisant des attaques frontales meurtrières et rougeoyantes (le final apocalyptique de « Lie For a Lie », la maestria presque égyptienne de « The Tempest »).
« In Burning Skies » est un coup de maître, un de ceux qui vous redonne foi en un genre affaibli. Sous couvert de proposer un alliage intéressant, le groupe affiche une personnalité forte et risque de faire sûrement parler de lui dans un futur proche. Futur qui passera forcément par la sortie d’un album, alors laissez vous tenter...