Pour beaucoup de personnes (de la grande famille des metalleux), il est inconcevable de ne pas placer tous les albums de la grande période de
Iron Maiden (1980-1988) sur un piédestal, d'en faire des chefs d'oeuvres assumés. Pourtant, s'il y a un disque plus faible que les autres, c'est bien ce Piece Of Mind.
Revenons un peu en arrière. Enfin, plus de vingt cinq ans en arrière. Une espèce de mercato musical a lieu entre Iron Maiden et le groupe français
Trust. Les batteurs
Clive Burr et
Nicko McBrain échangent leur place et c'est Trust qui réalise la mauvaise opération en récupérant Burr qui ne restera que sur un album. Forts de leur succès grandissant,
Steve Harris et sa bande vont composer sur l'ile de Jersey avant d'aller aux Bahamas mettre leur nouveau bébé en boîte, toujours en compagnie de
Martin Birch aux manettes. Mais le climat paradisiaque a quelque peu raison du groupe qui s'amollit quelque peu sous les palmiers.
La pochette de Piece Of Mind nous montre un Eddie new look, dans une fâcheuse posture et lobotomisé de près. L'imagerie sataniste du précédent opus a laissé place à quelque chose de plus cérébral, comme si le roman gothique anglais subissait un croisement bâtard avec les films de la Hammer. Le disque en lui-même ne reprend pas exactement où
The Number Of The Beast s'était arrêté. Dès le premier titre, le bon
Where Eagles dare, on se rend compte que Maiden a perdu de sa puissance. Mid tempo soigné, aux allures épiques, soutenu par une bonne rythmique, mais manquant singulièrement de folie. Les influences punk ont définitivement disparu de la musique de Maiden et les mélodies prennent les devants. Le single
Flight Of Icarus avait déjà mis la puce à l'oreille avec ce refrain accrocheur et son ambiance plus posée, moins rentre-dedans. Et c'est un Iron Maiden nouveau qui apparait, pas franchement mauvais, mais bien plus facile d'accès.
Tout le long de l'album, on reste mitigé entre des compositions qui envoient la purée (
The Trooper, heavy et entêtante à souhait avec de pures cavalcades à la Harris) et d'autres plus travaillées, souvent issues du tandem
Adrian Smith/
Bruce Dickinson. Si le premier confirme son talent de composition, le chanteur apporte une nouvelle dimension au monde de Maiden. Intelligent, le rouquin facétieux est un féru d'histoire et d'arts occultes comme en atteste
Revelations, inspiré par Aleister Crowley (personnage qui sera important dans la carrière de Dickinson :
The Chemical Wedding sera également en relation avec lui, tout comme le scénario du film Le Diable Dans Le Sang qui découle de cette oeuvre). Il apporte également de la mélodie et son style s'accorde parfaitement avec celui de Smith donc, duo qui deviendra une nouvelle force créatrice pour la Vierge de Fer (et qui ne sera pas toujours du goût de Steve Harris).
Mais qu'il est difficile de succéder à un album comme Number Of The Beast ! Malgré les défauts de ce dernier, Piece Of Mind n'arrive pas à tenir la comparaison : moins heavy mais plus inspiré, trop soft et manquant cruellement de punch, le disque s'écoute, est agréable, mais quel manque de carrure ! Les idées sont bonnes pourtant. Par exemple,
To Tame A Land, épique à souhait, achève l'album en beauté, en faisant référence à Dune de Franck Herbert (ce dernier s'est opposé à ce que ce titre se nomme Dune d'ailleurs, il n'aimait pas le heavy metal) mais comment ne pas penser au monstrueux
Hallowed Be Thy Name du grand frère ? L'évolution est trop abrupte, trop inattendue. Il manque un véritable album intermédiaire et Iron Maiden donne l'impression d'être essoufflé. En un sens, ce n'est pas tout à fait faux. Le manque de punch de la production ne rend pas forcément service à l'ensemble. Sans être catastrophique, la copie manque de panache. Mais les musiciens seront rebondir et se servir de cette expérience pour affiner leur style, comme en témoignera l'excellent
Powerslave.