L'esprit vagabond, le corps en mouvement, la musique de
Hourvari est une ode au voyageur. Elle chante l'ermite parti sillonner les routes que personne n'emprunte, où l'on trouve de quoi sustenter son humeur poétique dans un lyrisme qui ne se veut pas narcissique mais expression d'une véritable angoisse intérieure. A l'écoute de ce premier EP de
Hourvari, la pluie bat nos tempes, elle se joint aux larmes qui creusent nos joues dans les périodes de rupture avec le monde lorsque l'on marche en silence parmi les gens sans comprendre tout à fait ce que l'on fait au milieu de cette masse de conscience; l'on souhaiterait retourner aux premières lueurs de l'aube et parcourir les bois en courant, se joindre à une voix oubliée par l'esthétisme moderne et que décrit si bien cette superbe pochette : l'animal traqué, dans le premier sens de ce nom « hourvari » : ruse de la bête qui confond ses poursuivants en revenant d'où elle est partie. Mais point de réussite dans cette photographie, juste un animal qui a échoué, comme l'on échouerait nous-mêmes à revenir en arrière si on le pouvait.
Le sens du mot est plus large certes, et chaque définition peut-être assimilée à la musique des gars de Laval. Grand bruit, vent accompagné de tonnerre et de pluie, cri des chasseurs pour faire revenir leurs chiens troublés par la proie... Hourvari est bien plus que ça, mais ne renie pas ce premier sens lié à la chasse car il déploie des sonorités tellement organiques et profondément oniriques, que la Nature semble être chantée par ces guitares mélancoliques soutenues par une batterie tribale au son vivant (« II »). Deux morceaux intimement liés pour un résultat si intense qu'il percera les défenses les plus rudes de l'auditeur le moins convaincu. Les premiers mots chantés par le leader de
Birds In Row jaillissent du début de « I », magique, et possèdent d'emblée un tel pouvoir mélodique et émotionnel que l'on ne peut que se taire et se laisser emmener par la musique. Cette voix de tête est une des plus belles entendues dans le genre et se marie aux instruments à merveille, dans ses moments de calme et dans ses explosions célestes, rejointes par d'autres pour des parties épiques où les voix forment un chœur puis se dissocient pour toujours se compléter dans les sentiments évoqués. Le tout est bluffant de maîtrise, et le travail effectué par Amaury Sauvé transpire la vie et l'authenticité, loin de tout bidouillage par trop artificiel.
On est face à un Post-Hardcore intense et passionnel donc, et le long de ces deux morceaux, l'évolution est très travaillée, les ambiances profondes, la moindre note résonne, a demandé une recherche, chaque instrument est au service de l'ensemble et lorsqu'une guitare se détache du lot, c'est pour mieux emporter le reste dans des mélodies qui rappellent le meilleur de
As We Draw. Les accalmies arrivent à point nommé dans cette masse rageuse, dans ce chaos grandissant, et apportent au tout le sentiment croissant d'être face à de la belle musique, tout simplement, qui ne serpente pas, qui se fait lourde sans écraser l'auditeur et apaise autant qu'elle élève, à la manière d'un
Cult Of Luna. Aucun défaut dans ce premier EP, chaque ligne de guitare sonne à merveille, chaque rythme emporte l'adhésion et il ne reste comme défaut que sa brièveté bien sûr, qui donne envie de connaître plus encore l'univers de Hourvari, riche en émotions.
Une bien belle découverte que cet EP de
Hourvari, sur lequel on revient souvent quand on a besoin de souffler. C'est à la fois une expérience sonore – jamais le Post-Hardcore n'a sonné aussi Post-Rock – et une ballade intérieure mais incroyablement dépaysante. Reste à savoir si, comme toutes les claques commises par un EP (
I Pilot Daemon par exemple), Hourvari pourra confirmer ses qualités sur un album. J'attends pour ma part la réponse avec impatience.