Nul doute que les pontes de Nuclear Blast ne s'attendaient pas à un tel revirement musical en signant
Theatre Of Tragedy en ce début de millénaire. Les fans non plus d'ailleurs, de plus en plus à avoir été séduits par le très bon Aegis et son metal gothique délicat. Pourtant, les musiciens vont, certainement fascinés par le succès rencontré par
Rammstein, prendre un virage et explorer des contrées sonores où on ne les imaginait pas une seconde. Musique est un album d'electro metal, on ne peut même pas parler d'indus à ce stade de la compétition (oui, le championnat de France de L1 vient de reprendre, misère...).
La pochette est révélatrice, moderne, loin de la ténébreuse mélancolie ou ce romantisme noir que l'on trouvait précédemment. Ici, on a affaire à des couleurs plus froides, voire électrique, on a du mal à savoir exactement à savoir ce que représente cette jaquette sinon qu'on a l'impression qu'il y a une image d'IRM insérée et sur laquelle l'illustrateur a travaillé. Mystérieux donc, mais laissant que peu de doute quant à une orientation musicale nouvelle.
Et effectivement, le premier titre met tout le monde au diapason : samples, rythmique plus légère, beat electro, guitare moins pesante, ambiance plus joyeuse, chant trafiqué de la part de
Raymond... Ce dernier n'a jamais été un grand chanteur et entendre sa voix bidouillée peut donner à rire, cela ne l'arrange en rien et il faut alors attendre les interventions de
Liv Kristin pour sauver le tout. En revanche, elle, est parfaitement à l'aise sur ce registre, où elle peut se laisser à des intonations plus douces, plus popisantes pourrait-on dire. De ce fait, elle fait parfois plus que de sauver des morceaux qui pourraient partir à la dérive par leur côté trop gentillet, qui peinent à se développer tant que ce pauvre Raymond tient la baraque derrière le micro. Quand Liv arrive, les guitares se font plus pressentes, plus envahissantes, les mélodies vocales se marient délicieusement à cette énergie nouvelle et les refrains deviennent alors des points d'orgues ponctuels, qui s'impriment facilement, que l'on retient avec aisance.
Le disque n'est pas déplaisant en soi, on trouve même de très bon morceaux, énergiques, qui donnent la pêche (
Image), il est en revanche diablement surprenant. Par moment, on ne sait plus trop bien qui des dance floors ou des metalheads sont la cible du groupe, tant on est proche de l'album grand public, susceptible de connaître de nombreux passages en radio ou à la télévision. Avec le revers de la médaille que l'on connait, les fans purs et durs qui dégoûtés tournent le dos à leur groupe fétiche. Il est fort possible qu'à l'arrivée, la balance ait été fort déséquilibrée pour
Theatre Of Tragedy qui prend, notons-le tout de même, des risques maximums pour peut-être pas grand chose.
La musique en elle-même n'est pas franchement critiquable. D'ailleurs, le titre de l'album a été écrit à la française pour éviter un procès coûteux avec Madonna qui avait sorti son Music quelque temps auparavant. Disons qu'on accroche ou que l'on adhère pas au discours du groupe, que le schéma electro étant moins virulent que celui de l'indus peut décevoir ceux qui cherchent les émotions fortes, mais qui plaira à ceux qui accrochent particulièrement à
Oomph! par exemple.
Que dire alors de ce disque, histoire de conclure ? Ben pas grand chose. C'est sympa, ce serait mieux si Raymond se taisait ou chantait mieux, ça ne casse pas trois pattes à un canard irradié, ça donne envie de trémousser son popotin par moments... Bref, de quoi faire un album agréable, mais sans plus. Le virage par rapport au passé étant trop brutal pour que ce changement passe parfaitement bien en fait. Il aurait peut-être fallut un album charnière, un intermédiaire conciliant le meilleur des deux mondes, pour que ce Musique soit vraiment percutant.