Deux ans après Nihility,
Decapitated remet le couvert, la bête n'a pas vomi assez de mélodies, elle semble encore en forme pour sortir ses tripes musicales, déclencher admiration et proposer foules de riffs percutants. Car Winds of creation et Nihility plaçait la barre bien haut, à une hauteur à laquelle aspire The Negation, sans parvenir pourtant à toucher la marque, par bien des aspects qui permettent nombre d'ironies sur son nom.
Ce troisième essai est la figure du négationnisme artistique de
Decapitated. Le groupe a renié ce qui faisait la force de Winds of creation et Nihility. La production, majeure, est clinique, froide et ne transmet du coup aucun frisson. Le virage opéré par Nihility par rapport à Winds of creation au niveau du son se confirme ici sous un jour plus mauvais encore. Le premier nommé était moins old school, la prod' y était plus mécanique que son prédecesseur, on sentait déjà l'amoindrissement de l'originalité pointer le bout de son nez mais on restait tout de même collé aux enceintes avec un frisson dans l'échine. Avec The Negation, le jusqu'au boutisme sonore de
Decapitated pêche par trop de volonté d'acculer l'auditeur face à un mur de son froid et sans relief. Mais bien entendu, si ce point – déjà essentiel – était le seul problème de l'album, on n'en serait pas à parler de négationnisme; les polonais amorcent un virage brutal en terme de composition, loin des bases qu'ils avaient instaurées.
Loin de la saveur groovy et dansante de Winds of creation, The Negation est marqué par une impersonnalité trop déstabilisante. Les riffs ne sont plus aussi efficaces, le jeu de Vogg se perd en conjecture, la dynamique musicale et structurelle faisant le style Decap' est brisée au profit de la perte d'originalité. Sans être dénués d'intérêt ou d'efficacité, les titres composant The Negation témoignent d'un Death Metal technique ayant presque perdu son appellation Brutal. « The Negation » relève par exemple de la platitude mélodique tandis que « The Fury » fait preuve d'une non-recherche sidérante (le rythme binaire basique). Les riffs si finement exécutés dans une volonté de spirale infernale ont disparu dans The Negation, qui ne propose que des choses molles, dénuées de recherche. Les quelques excursions stylistiques proposées ne sont même pas au niveau de ce que
Decapitated peut proposer. Le Thrash de « Lying and weak » est sans intérêt et le mid-tempo du titre éponyme n'apporte rien hormis une sensation d'assister à un Death très bateau.
Le chant de Sauron, apparaît cependant moins fade que sur les précédents essais et permet un peu plus d'adhésion aux morceaux, malheureusement bien souvent sans saveur et sans originalité. Le fait d'avoir découvert un groupe au style si fort potentiellement et de passer à The Negation est une souffrance regrettable, un passage dans le gouffre de l'oubli. La volonté technique de
Decapitated succède à son souffle créatif, si fort dans Winds of creation. En souhaitant pousser jusqu'au bout l'aspect technique et mathématique de leur musique, les jeunes polonais s'écartent de leur première qualité: la composition. Alors certes, le tout est incroyablement bien exécuté, sans aucun doute, et le son de la batterie possède enfin un impact sans masquer les guitares, mais l'on reste fortement déçus face à des titres aussi communs d'où l'on ne retiendra au final que quelques titres ou bons aspects (« Sensual Sickness » est démoniaque, et les solis de l'album sont excellents bien que trop peu nombreux).
The Negation porte tellement bien son nom qu'il nous demande de l'oublier. Sans conteste le pire album de
Decapitated, il fait office de troisième essai bâclé, les riffs y sont insipides, les compositions oubliables et les quelques solis hystériques ou le chant plus supportable de Sauron ne pourront nous départir de cette impression d'assister à un naufrage stylistique et artistique. La reprise de
Deicide, « Lunatic of God's creation », bien qu'interprétée différemment, est également dispensable et ne démontre encore une fois que la technicité de
Decapitated, tellement mise en avant au service du néant dans cet album, que l'on en vient à revenir aux classiques. A jeter aux oubliettes.