Primal Fear n'est que le formidable écrin dont le but premier consiste à sublimer les talents de ses deux plus beaux joyaux, Matt
Sinner et Ralf Scheepers. Une fois ce constat établis, et une fois que nous auront convenus que ce groupe n'aura jamais véritablement eu comme ambition de révolutionner le Heavy Power Metal traditionnel symptomatiquement germain, un genre qu'il affectionne tout particulièrement, il sera alors facile de conclure que son nouvel effort Unbreakable, n'est, une fois encore, que l'expression de ce traditionalisme que Matt
Sinner et ses complices seront toutefois parvenu à suffisamment transcender par le passé pour en extraire cette personnalité éminemment attachante qui est la leur. Leur permettant ainsi, aussi, de se détacher de nombres de leurs congénères et de ne pas sombrer dans l'anonymat de cette fange dans laquelle agonisent tant de groupes sans âmes, sans caractères et sans grand intérêt.
Mais ne nous égarons pas démesurément et revenons en à
Primal Fear qui, imperturbablement, une fois encore, continue, avec ce plaidoyer, à s'égarer sur ces chemins teutons connus dans lesquels l'originalité, la nouveauté ou des notions aussi conceptuelles pour l'esprit
saxon que l'avant-gardisme, sont absentes. Néanmoins, eu égards notamment aux remarquables capacités de ces deux plus illustres représentant déjà évoqués, le groupe fera ici la démonstration de ses valeurs les plus notoires. En effet, ici encore, l'empreinte sonore solide et maitrisé, sublime indiscutablement ce disque. Et en effet, ici encore, Ralf Scheepers, de sa voix si puissante et si remarquablement singulière, évoluant en une superbe multiplicité dans laquelle, malheureusement, sa plus grande idole Rob
Halford ne parvient plus guères aujourd'hui à s'imposer. Mais ces atouts, indissociables de l'identité profonde de
Primal Fear, suffisent ils encore à nous convaincre? Pas nécessairement. Et ce d'autant plus que, de manière assez regrettable, cet Unbreakable est pétrie de certains défauts de compositions assez rédhibitoires.
Il est temps maintenant d'évoquer ces imperfections. Si on retrouve sur cet opus certains morceaux certes typiques de l'expression habituelle et académique de ce groupe (mais qui continueront tout de même à ravir les plus féru du genre) tels que les bons Strike et Give Em Hell, l'excellent And There Was Silence ou encore, par exemple, les plaisants Marching Again, Conviction, d'autres titres seront, quant à eux, moins séduisants. Pour détailler plus précisément les raisons expliquant le relatif échec de ces pistes moins probantes, il nous faudra alors parler du travail mélodique que nous propose
Primal Fear sur cet album. Et plus particulièrement des refrains peu concluant de certaines chansons. Côtoyant dangereusement les terres d'un Hard Rock énergique inhabituel pour Ralf Scheepers et ses comparses, certains passages de ces chansons moins exaltées, sont déstabilisants pour les fervents adeptes de cette agressivité propre au Heavy avec lequel
Primal Fear avait conquis ses fidèles au son d'opus tels que, par exemple, son premier album éponyme. Citons donc, afin d'illustrer cette musicalité excessive, des pistes telles que Bad Guys Wear Black, Metal Nation aux accents étrangement proches des travaux d'
Edguy ou encore, par exemple, Unbreakable (part 2).
Ajoutons à cet ensemble bien moins excitant, deux ballades, Where Angels Die et Born Again, qui, si elles ne sont pas insupportables, participent, elles aussi, grandement à une sorte d'apathie ambiante née de la conjugaison de divers sentiments partagés. L'absence de réelle surprise d'une musique efficace mais conventionnel d'une part et le manque d'agressivité d'une œuvre étonnamment mélodieuse d'autre part qui font de cet Unbreakable un ouvrage qui garde une certaine tenue mais qui, finalement, finis par décevoir quelques peu.