Cet article n'a pas été écrit par un membre de l'équipe officielle de Metalship, et n'engage donc que son auteur, pas la rédaction du webzine.
Avant même de publier cette chronique, je sais que je vais en décevoir plus d'un. Je les entends déjà chuchoter ou plutôt hurler que
Velvet Darkness They Fear est LA pièce maîtresse de nos amis norvégiens. Cependant, après avoir posé les oreilles sur
Aégis, je suis incapable de me ranger du côté de la majorité. Ce dernier est selon moi le plus bel album de
Theatre Of Tragedy, le plus épuré et le plus mélancolique.
Il faut avant tout préciser que le changement avec les deux premiers opus est radical. Ici, pas de voix death mais une voix masculine grave et posée, accompagnée par une Liv Kristine des plus envoûtantes. Seuls le piano et la batterie ressortent, les guitares étant indéniablement mises en retrait. Malgré les dires de certains critiques, il s'agit pourtant bien d'un album de metal gothique : les huit morceaux de l'album, chacun d'une durée de plus de cinq minutes, dégagent une ambiance feutrée et nostalgique, empreinte d'une profonde tristesse. Cette ambiance est d'ailleurs renforcée par la langue utilisée par les Tragédiens, déjà présente sur les deux premiers opus : l'ancien anglais. Cet album peut être considéré à juste titre comme un album de transition dans la discographie du groupe, car il est indécis : il ne renie pas ses origines (un metal gothique dont le chant se décline sous la forme beauty and the beast), tout en annonçant clairement le style à venir (plus direct, plus relâché et moins technique).
Ici, le piano est omniprésent, rendant les mélodies superbes. On atteint selon moi le paroxysme de la beauté avec des morceaux tels que 'Siren', 'Poppea', ou 'Cassandra', qui flirtent en toute impunité avec le metal atmosphérique. D'autres titres sont plus énergiques, voire violents, tels que 'Lorelei' ou encore 'Venus', tandis que d'autres nous hantent littéralement l'esprit grâce des choeurs chaleureux, des cris étranges ou des sons distordus. C'est le cas de 'Bacchante', 'Aoede' et 'Angélique'. Cet album vient tout droit d'un autre temps - d'une autre dimension : il navigue entre la langueur et l'énergie, la chaleur et le froid, comme le démontre la pochette. On peut y voir une rose rouge divisée en deux parties par un mur de flamme. La partie gauche de la rose, plus minime, est calcinée, tandis que la partie droite, bien plus visible, est toujours aussi belle malgré les flammes. En conclusion, cet album est le digne successeur de
Velvet Darkness They Fear, mais c'est aussi le dernier album de
Theatre Of Tragedy digne de ce nom : les deux opus suivants perdent de leur richesse en proposant un son électro-rock mainstream pourtant très efficace, tandis que les deux derniers nous entraînent dans des contrées gothiques bien banales, dénuées de la présence lumineuse de Liv Kristine, qui s'en est allée avec ses compagnons de
Leaves' Eyes...