Chinatown avait eu un accueil relativement mitigé, accentué par l'attitude du guitariste
Snowy White sur scène. Mauvais départ pour le blondinet qui est également en conflit avec le reste du groupe. Renegade arrive un an plus tard avec la lourde charge de faire oublier ces cafouillages même si dans l'absolu Chinatown reste un album fort appréciable contenant son lot de petits classiques.
Ce sont des nappes de clavier qui introduisent le premier titre, le monstrueux
Angel Of Death. Difficile de ne pas songer à
Rainbow tant ces synthés rappellent ceux de l'Arc-en-Ciel de la grande époque. Mais toute comparaison doit s'arrêter là. Musicalement, le reste n'a rien à voir. Les guitares se font lourdes, implacables.
Phil Lynott développe un chant agressif pour un pamphlet contre la guerre, d'une violence rare chez le Thin Lizzy de l'époque. C'est sombre, épique, une entrée en matière époustouflante qui tranche dès que le morceau titre pointe le bout de sa douce mélodie. Lynott s'ouvre à son public, se révèle dans cette chanson à la fois tendre et mélancolique, ponctué par des passages plus rock.
Bien vite, on se rend compte que les nuances celtes, folkloriques, ont disparu, mais pas la sensibilité. Ce disque est avant tout l'oeuvre d'un homme diminué, Phil Lynott, alors en pleine rupture avec son épouse, confronté aux problèmes internes du groupe et ne pouvant faire face à ses démons intimes. Il y a l'image du voyou qu'il aimait tant exhiber, puis celle plus fragile qu'il distille savamment, comme sur la jolie
No One Told Him ou le somptueux
It's Getting Dangerous. Comme d'habitude, le disque est très varié, entre ballades, chansons hard rock et plus légères, on passe d'un décor de western (
Mexican Blood, espèce de relecture latino de
Romeo And The Lonely Girl, à une ambiance plus feutrée, très piano bar (
Fats), avec toujours cette voix magique, celle de Lynott qui une fois de plus laisse une parcelle de son âme sur l'enregistrement.
Mais Thin Lizzy, ce n'est pas que Lynott. On retrouve toujours ce duo de guitaristes qui se complètent à merveille, le duo Gorham/White qui a enfin trouver son unité, trop tard hélas ! Les mélodies à la tierce, celles-là même qui auront eu un impact sur le jeu d'
Iron Maiden sont toujours là, délicates, jouissives, parfois sardoniques (
Hollywood quand Lynott règle ses comptes avec les USA). Quant à
Brian Downey, batteur sous-estimé, il livre une fois de plus une prestation plus que correcte derrière les fûts, assurant au groupe une assise rythmique solide.
Mais rien n'y fait ; Renegade ne sera pas le succès attendu, bien au contraire ! Jugé trop mou pour rivaliser avec les jeunes loups de l'époque,
Saxon,
Iron Maiden ou un certain
Tygers Of Pan Tang, le disque fera un flop. Ce qui n'empêchera nullement Lynott et sa bande de prendre leur revanche deux ans plus tard.