Il y a des jours comme ça où on est peu vigilant, on se pose devant son ordinateur et on lance un groupe en se disant que là on va en prendre pour son grade parce que fiou ! avec un line-up pareil ça ne peut que retourner les sens à l'envers. On n'est pas vigilant oui, avachi sur sa chaise on ferme les yeux dans un réflexe d'écoute intensive et on boit les premières notes comme un bon vin au rouge incandescent. Seulement voilà on boit, on boit, et arrivé à la fin du verre on s'endort comme ça, là, d'un seul coup de massue, et le réveil est dur, on se demande ce qu'on a fait pour arriver là bon sang, puis ce goût infect dans la bouche là pouah ! Alors on se frotte les yeux et on regarde le verre qui gît là sur le sol comme un rat mort, le sang au bord des lèvres. On s'en saisit, on le porte à ses narines et on renifle avec inquiétude la chose, un peu trop malheureusement, si bien que la nausée et le mal de tête s'éveillent subitement : effet pervers d'un Beaujolais Nouveau cuvée 2008. Autant dire que ça pique les yeux.
NunFuckRitual c'est du Beaujolais Nouveau oui vous avez bien lu, la comparaison est certainement la plus bizarre qu'on puisse lire mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, on a les idées embrumées par une énième lampée, histoire de voir si on ne s'est pas trompé, et du coup on dit n'importe quoi. Quoique non en fait, l'alcool peut être le moyen de dire la vérité sans chichi, tout le monde le sait, et du coup je vous le dis : NunFuckRitual c'est mauvais. Le jugement est féroce, l'adjectif pas super sympa le mec mais impossible d'échapper à ce constat triste, le groupe norvégien est ennuyeux au possible, n'a presque pas d'idées et lorsqu'il en a, elles s'étendent à chaque morceau de l'album, donnant l'impression d'assister à une écoute en mode repeat. Horrible. Le Black Metal des nordistes était alléchant sur le papier, des gars de
Mayhem et
Brutal Truth, un style oscillant entre Black Atmosphérique Ritualiste et Doom Obscur et une dose traditionnelle de satanisme pseudo-technique avec des noms pompeux. Bref du fun en perspective. Mais ce que fait NunFuckRitual finalement, c'est soit repomper encore et toujours les mêmes mélodies d'un titre à l'autre, soit se balader dans les années 90, lorsque
Burzum mettait une claque à la scène dans son petit coin (il suffit d'écouter « Komodo Dragon, Mother
Queen » pour retrouver du Filosofem). Aussi rencontre-t-on dans la bouche une désagréable sensation de déjà entendu et d'ennui profond.
Le début de l'album laisse entrevoir de bonnes choses pourtant car « Theotokos » est malsaine avec ce chant de druide possédé et les guitares vrombissent avec une quiétude angoissante qui fait se jouer dans notre esprit la mystique d'un rituel chtonien. Mais au bout de deux-trois morceaux la mécanique ne marche plus, la ficelle est trop grosse, le goût trop fort : NunFuckRitual n'a pas assez d'idées, il développe la même ambiance sans passer par différentes strates mélodiques qui auraient rendu le tout plus intense à l'instar de The Ruins Of Beverast. Non, In Bondage To The Serpent est plombant, versé dans une lenteur Doom qui ne fonctionne très vite plus, bien trop propre pour convaincre de l'obscurité rampante qui se glisse dans l'endroit où l'on écoute ; la magie espérée ne prend pas. Passer de « Christokos » à « Komodo Dragon, Mother
Queen » et vous aurez l'impression que le disque est bloqué sur la même piste. Tout se ressemble, rien ne se détache de ce premier album aux allures de mauvais Black Atmosphérique Sataniste. Il aurait mieux valu faire de l'album une seule et même piste, ce qui aurait gagner en cohérence, le minimalisme serait apparu plus clair, et encore. Ce qu'il manque à NunFuckRitual c'est la diversité. Le minimalisme ce n'est pas ça me direz-vous et pourtant, dans un autre genre, Earth fait de son Drone une musique variée tout en répétant des plans à l'intérieur même de ses morceaux. Les quelques parties satanico-abyssales sont trop légères encore, esquissées sur un « Cursed Virgin, Pregnant Whore » où les chœurs apparaissent trop timidement aussi, et le tout manque cruellement d'audace, si l'on excepte le titre éponyme, bien plus ritualiste et languissant que le reste de l'album.
In Bondage To The Serpent est un premier album insipide qui s'écoute avec ennui, la faute à des redondances mal vues qui n'apportent rien à l'ensemble. Même structure, mélodies similaires d'un titre à l'autre et atmosphère trop balbutiante se battent pour le titre de pire défaut. Les quelques idées dispatchées ça et là n'empêchent pas le résultat d'être faiblard et l'on préférera retourner à The Ruins Of Beverast et Terra Tenebrosa pour prendre une claque en matière de musique des profondeurs innommables.