Il aura fallu quelques années à
Guano Apes pour s'imposer avec ce premier album. D'abord, il y a cette pochette décalée qui ne donnait pas envie aux pros du metal de s'attarder dessus, sans oublier que surfant sur la mode, le groupe était souvent présenté comme étant du neo metal, ce qui n'est pas franchement le cas. Puis, les clips imposant de plus en plus l'image d'un groupe hors normes et sautillant, les Allemands commencent lentement à faire leur trou.
Guano Apes, avec humour, progresse le long de treize compositions disséminées (y a pas d'autres mots) sur la galette, en s'inspirant des musiques modernes. On retrouve donc des passages proches du hip-hop, notamment durant les ballades, selon l'utilisation du chant varié de
Sandra Nasic ou quelques scratchs placés ça et là, sans jamais être trop envahissants. On note également des passages bien funky, avec une basse très présente, comme sur le fort sympathique
We Use The Pain. La batterie groove bien, la guitare est tantôt mélodique, tantôt énervée. Mais le groupe pratique surtout l'art du décalage, s'amusant à brouiller les pistes avec des intros déroutantes, comme celle de
Lords Of The Boards, renvoyant à une espèce de variété italoche avant un gros riff bien pesant, qui jongle entre des parties calmes et d'autres où le chant est à la limite du hurlé.
Et des morceaux sortent réellement du lot, comme ce
Open Your Eyes qui a la lourde charge d'ouvrir l'album sur une note plutôt mélodique, où le chant rappé des couplets tranche sèchement avec un refrain bien balancé, ou le très funky
Suzie, ou encore le plus intimiste
Maria. Guano Apes se trouve un style, se définit une personnalité libre, qui puise sa richesse dans d'autres styles, que certains jugeront toujours incompatibles avec le metal. Pourtant, l'ensemble rend très bien, les refrains sont directs, bien foutus, faciles à retenir. C'est rythmé, c'est varié, tout le monde a son moment de gloire. On est vraiment dans l'optique d'un groupe, personne ne peut se targuer de tirer la couverture à soi même si dans l'inconscient, la place du chanteur est par définition celle du frontman, tache dont Sandra Nasic s'accommode bien.
Pour résumer la chose, ce Proud Like A God à la pochette aussi engageante qu'un cheeseburger servi après être tombé dans la friteuse est un premier album bien pensé sans être exempt de défauts ; certains titres restent faibles tandis que d'autres éclaboussent un peu trop le reste de leur superbe justement. Un pied d'inégalité dans les morceaux donc, mais qui ne gâche en rien un ensemble fort satisfaisant, très professionnel. Pour ceux que les musiques "tabous" ne dérangent pas de préférence.