Times of grace…
C’est un peu l'apogée de l'ancien
Neurosis.
C’est la découverte d’un style qui allie la lourdeur de leurs origines avec ce chant hardcore et plaintif, quasiment doom, mais aussi ces parties très atmosphériques où le temps entier semble s’arrêter.
Il y a dans certains groupes une patte, un jeu, quelque chose qui les différencie des autres. Ainsi, on reconnaît entre mille un morceau de
Morbid angel ou de
Tool.
Neurosis fait partie de ces groupes là, ces groupes fondateurs. Car fondation il y a. Que ce soit dans le son ou dans la composition,
Neurosis est exceptionnel. D’ambiances terriblement étranges, abstraites (l’entrée « Suspended in light ») à des morceaux plus violents, plus intenses, chaotiques comme le culte « The Doorway ». On parlait alors de Hardcore d’un nouveau genre. Hors, si le groupe était à ses débuts un groupe de punk à l’originalité nulle, il est devenu le fondateur de ce qu’on appelera le post-core en souhaitant dépasser la base même du Hardcore pour le mener à quelque chose de plus grand.
Times of grace était alors une révolution. Plus encore que
Enemy of the sun qui était l’apogée de leur violence ou
Through silver in blood qui poussait loin l'apocalyptique, cette folie venues du hardcore malgrè des atmosphères certaines,
Times of grace était le début de la maîtrise et le début de la réflexion. Comment envisager une émotion pareille ancrée dans ces mélodies de guitares écorchées et doom ? Comment imaginer que la lourdeur du son de
Neurosis puisse se mêler à des violons ou des arpèges aèriens ou encore une cornemuse? (l’incroyable « the Last you’ll know »). Toute la force de
Neurosis est celle dont s’inspireront ses « fils », que ce soit
Cult of luna ou
Rosetta : la capacité à placer n’importe quelle émotion dans leurs morceaux. Le titre «
Under the surface » avec son entrée guerrière mais lente et son explosion de puissance emporte. « Belief » est une sorte de morceau-interlude qui comporte son lot de subtilité. Roi de l’ambiance dans le break, ils nous apaisent avec la courte « Exist » avant l’explosion de fureur que ne peut contenir l’entrée de « End of the harvest ». Ce son, cette puissance, s’allient alors avec les voix de Scott Kelly et Steve von Till, frères de la violence et de la mélodie. On ressent comment
Neurosis a évolué, notamment avec « Away », morceau culte au violoncelle et au piano qui se lamentent et qui est une sorte de préambule à
The Eye of every storm, l’album de la paix mal contenue.
Mais dans
Times of grace, il n’y a pas de paix entière ou de guerre totale : il y a le
gris. « Away » est douce, calme, triste, mais cette tristesse renvoie à toute la dimension doom que possède le groupe. «Dans « End of the harvest », un léger break pose l’auditeur qui se sent en paix, mais
Neurosis le raméne à la réalité, sa réalité : il y a toujours le calme avant la tempête chez le combo et quand ce n’est pas le cas et que vous croyez leur avoir trouvé une faille, c’est qu’il a encore touvé le moyen de vous surprendre ( la marche paisible « Descent »). Enfin, comment parler de cet album sans évoquer la chanson phare qui n’est autre que l’éponyme. «
Times of grace » donc, s’ouvre sur cette basse entrainante et cette mélodie à la limite de la comptine. Et c’est au moment où vous ne l’attendez pas que la brutalité du groupe revient et ici, elle atteint des sommets. Les chants de Kelly et Von Till se répondent dans une puissance sans limite tandis que les guitares semblent souffrir, semblent se lamenter, comme des âmes damnées. Et la pause n’en est alors pas une car le chant reste le même chant possédé malgrè ces guitares clean. Les deux chanteurs hurlent alors «
Times of grace ! » avant la lente et douloureuse fin. L’album se clôt sur l’incroyable « The Road to Sovereignity » où se mêlent instruments à vent, violoncelle, piano et guitares acoustiques dans une marche progressive vers le soleil qui vous fera peut être tirer des larmes qui sait ?
Neurosis est un groupe magicien.
Times of grace…
C’est un peu le Grand.
C’est flirter avec la perfection.
P.S: Si vous pouvez vous procurer Grace de
Tribes of Neurot, écoutez les deux albums en même temps et vous vivrez l'album différemment.