Errances entre Terre et ciel
Le Black Metal est un style de musique à la fois très fermé, et paradoxalement, c’est là que les expérimentations sont le plus propices à des choses extraordinaires. D’un côté, on retrouve ceux qui perpétuent la tradition sans oser en changer une note, et de l’autre, il y a ceux qui utilisent ce terrain froid et sinistre pour créer une musique étrange, riche en sensations. Mêlée des Aurores fait partie de ces projets ambitieux qui ont pour but de redonner au Black Metal un second souffle, une autre utilité que celle utilisée uniquement pour déverser sa haine. Mêlée des Aurores nous vient du Québec, une terre que nous français nous aimons bien, la terre de nos frères d’Outre-mer où il fait bon vivre et où la scène Black Metal est bien active !
Le Black Metal québécois, c’est aussi la scène qui défend avec encore plus de conviction que nous, français, cette langue de Molière, si belle et si riche. A l’heure de la mondialisation où tout le monde parle un anglais approximatif, certaines contrées du Nord de l’Amérique défendent encore ces valeurs culturelles si chères. Mêlées des Aurores, en plus de se lancer dans l’aventure houleuse du Black Metal en profite pour revendiquer haut et fort ses origines.
C’est donc dans une sorte de musique ambiante, baignée dans le Black Metal que Mêlée des Aurores nous entraine, quelque part entre le ciel et la Terre. Les Québécois auraient pu nous y entrainer encore plus profondément si la production avait été meilleure. Ce qui frappe dès les premières notes, c’est ce son étouffé qui ne donne pas au groupe l’impact qu’il aurait dû avoir et c’est fort dommage. Parce qu’en tentant de faire abstraction de ce petit défaut, on se rend compte que nos confrères ont un sacré potentiel à exploiter. Mais le chant apparait bien trop en retrait, certains instruments ne sont pas assez mis en valeur.
Il faut dire, le projet est ambitieux, et c’est ça qui est intéressant malgré tout. Parce que quand on aura fait abstraction de cette production, on arrive à palper un Black Metal de qualité, un Black Metal onirique, parfois électroacoustique mais toujours avec une attention portée aux ambiances, aux atmosphères. Et tout cela est très soigné pour faire ressortir le meilleur du groupe. Il faut bien le dire, la musique de Mêlée des Aurores nous laisse rêveur.
Les Québécois nous assaillent avec toutes sortes de sonorités toutes aussi étranges qu’intéressantes les unes que les autres. On arrivera à distinguer du violon me semble-t-il, ainsi que d’autres étranges instruments. Et tout ça se mélange à merveille dans ce Black Metal étrange, à la fois glauque et maladif, tout en laissant une grande place au rêve et à la contemplation maladive de l’humanité. Dans la musique du groupe, on ressent divers sentiments comme la haine, la fierté, la rage. Il est même difficile de chroniquer un tel disque qui fait preuve de tant d’ambition parce qu’on aurait peur d’oublier quelque chose, peur aussi que le lecteur ne comprenne pas où on veut en venir tant qu’il n’a pas écouté le disque. Parce que ce Errances est une œuvre à la fois complexe et personnelle qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que l’on a déjà pu entendre en matière de Black Metal expérimental.
Mêlée des Aurores nous dresse un sinistre tableau, avec d’épaisses volutes embrumées d’un Black Metal lugubre, sinistre et froid. Pourtant, la dimension onirique prend une place importante dans la manière de percevoir la musique des Québécois. Errances est donc un album difficile à décrypter au premier abord, mais c’est surtout un disque très intéressant quand on aura compris comment se plonger dans cet univers étrange. On regrettera toutefois que la production ne mette pas assez en valeur certains passages qui auraient mérité peut-être plus d’attention. Ceci-dit, ça fait partie du détail parce que cette ambiance feutrée colle assez bien à la musique du groupe malgré tout.