Astral Doors nait au début des années 90, en ces froides contrées suédoises, sous l'impulsion du chanteur Nils Patrik Johansson (Wuthering Heights, Lion's Share, ex-Space Odyssey) et de deux guitaristes, Joachim Nordlund et Martin Haglund. Originaires de la même ville, les trois compères décident de s'unir pour donner vie à ce nouveau projet ambitieux, dont le but est de proposer une musique à la fois moderne et à la fois ancré dans un passé révolus. Le premier album de cette nouvelle formation sort en 2003. Il s'intitule Of the Son and the Father.
D'un point de vue musical, force est de constater que ces suédois sont parfaitement parvenus à atteindre leur dessein initial, puisque cet opus exhale les doux parfums d'une rencontre improbable entre Europe (époque 1982/1984),
Black Sabbath et
Dio sur laquelle
Deep Purple et
Rainbow auraient gardé un œil bienveillant. Et si l'image peut paraître excessive et simplifiée à l'extrême, elle ne pourra cependant pas se délester de la part de vérité qu'elle revêt.
Effectivement, Astral Doors ne pourra en aucun cas s'affranchir des influences évoquées, tant son propos, à la croisée entre un Heavy mélodique et Hard Rock énergique, est une évidente évolution de l'art des groupes cités. Empruntant les chemins foulés par d'autres, ces suédois se parent donc d'un sens de la mélodie propre au clan de Joey Tempest. Ils conjuguent cette musicalité à certaines aspirations désireuses de composer des passages de synthé caractéristiques de ceux écrits par Jon Lord. A ces éléments déjà délicieusement annonciateurs de plaisir, il ajoute encore le talent d'un chanteur dont les intonations vocales, l'âpreté et l'excellence, nous rappelle inévitablement le grand Ronnie James
Dio (Paix à son âme).
Bien évidemment, toutes ces références sont issues de décennies dont les amateurs actuels âgés de moins de quarante ans ignorent presque tout, excepté ce qu'ils ont lu, vu, et ce que les plus anciens ont bien voulu leur transmettre. De cette période qu'ils n'ont pas vécu, Astral Doors exhume donc le meilleur avec un premier album aux relents délicieusement passéistes. Toutefois, tout en étant de fervents défenseurs d'un passé envolé, ils n'omettent pas d'inscrire leur démarche dans l'époque contemporaine où ils évoluent. Pour se faire, Of the Son and the Father est doté d'une production sonore très actuelle. L'information peut paraitre anecdotique, tant il parait évident que la démarche consistant à exhumer le passé ne peut avoir de sens qu'en procédant ainsi. Toutefois il me semble important de le préciser puisque certains autres, avides, eux aussi, de ressusciter le passé, n'ont pas hésité à user d'artifices afin de vieillir indûment leur musique. Or, il est bien évident qu'il ne s'agit pas tant de faire renaître une époque que d'en retrouver un certain état d'esprit, aujourd'hui quelque peu disparu.
Quoiqu'il en soit, réjouissons nous, car voici venir une œuvre séduisante dont les morceaux sont les garants de satisfactions certaines (le vif Cloudbreaker qu'on croirait tout droit extrait du second album d'Europe, le superbe Hungry People aux refrains remarquables, le véloce Burn Down the Wheel, The Trojan Horse, le mélodique
Rainbow in your Mind mais encore, par exemple, le très bon Man on the Rock.).
Astral Doors nous propose donc de découvrir un univers très particulier au son de ce premier album réussi. Il parvient assez aisément à nous convaincre, fort d'une musique très connotées années 70, dont l'expression se situe aux frontières entre un très bon Heavy mélodique et un Hard Rock efficace.