Après leur premier album certes poétique mais trop inégal,
Murw revient avec
Kanker et une pochette ainsi qu'un titre bien moins inspirés pour le coup. Un album qui porte le nom de la Mort, des squelettes dessinés avec une couleur excréments de Benco : rien ne vend du rêve pour le moment dans ce second long format...Pourtant, écartons là ces impressions premières, qui ne reflètent pas l'ensemble de ce nouvel objet, qui rehausse amplement l'art pratiqué par les hollandais.
Soyons justes, le titre et l'artwork annoncent tout de même une ambiance plus lourde et mortifère, ce qui est bien le cas de
Kanker, par moment plus tourné vers les atmosphères glauques et souterraines, dans des plans rampants soutenus par des choeurs traditionnels (le morceau éponyme), au milieu desquels viennent se greffer toujours, ces longues et lentes mélodies habitées propres à
Murw qui restent malgré tout dominantes. Ces dernières sont cependant intensément plus ravageuses et accrocheuses que dans
In de Mond van het Onbekende Wacht een Oceaan. « De Buitenstaander » scintille ainsi de son kaléidoscope ; très Doom, le morceau est d'une magie chatoyante, servi par des arpèges oniriques beau à s'en damner et possède une ambiance et une construction bien mieux agencées que ne pouvait en porter le précédent album.
L'aspect grandiloquent de
In de Mond van het Onbekende Wacht een Oceaan est donc effacé dans
Kanker, qui mise sur plus de simplicité sans pour autant sacrifier à l'autel de la facilité un charme que possédait déjà son prédécesseur. Il s'agit juste d'une évolution, d'une amélioration dans les structures, d'un sens de l'agencement des riffs plus prononcés, et même si les morceaux gardent un côté lancinant et minimaliste, leur longueur se ressent bien moins que lors des écoutes du premier album. Pourtant, « Als Sneeuw Voor De Zon » ne séduit pas vraiment avant un bon moment et rappelle les faiblesses de
Murw, sa trop grande tendance à ralentir un tempo par exemple, sans tenir en haleine l'auditeur, sans varier la mélodie jusqu'à un certain moment, qui intervient assez tard même s'il est fort agréable. Ces moments porteurs d'une émotion toujours aussi poétique sont bien souvent les parties les plus calmes de l'album, les arpèges, mélodies à la
Opeth époque
Orchid et
Morningrise, ou les affolantes visions suggérées par des effets subtils (la fin de « Als Sneeuw Voor De Zon »).
Et c'est une nouvelle fois là que le talent de
Murw éclate au grand jour : ses parties proches du Black/Folk, enivrantes, et ses accélérations emmenées par les claviers certes kitchs mais proche de ceux utilisés par
Summoning.
Kanker est meilleur que
In de Mond van het Onbekende Wacht een Oceaan sur ces points là, oui, mais pas seulement, et ça c'est un grand pas en avant. S'il lui reste à proposer davantage de quoi nous enivrer dans son imagination, le groupe hollandais assure avecce nouvel album des émotions et un dépaysement assuré, même s'il n'est pas toujours constant et que l'ennui peut pointer le bout de son nez avant l'arrivée de parties intéressantes (« Artificiality », plutôt avare en qualités). Pour autant
Kanker est assez réussi et pourra charmer les amateurs de Black Metal aux tendances atmosphériques prononcées, mais où le blast est pratiquement absent. Les qualités sont ailleurs bien sûr, et espérons que
Murw saura encore plus les amener à lui.