W.A.S.P. Un groupe qui sortait de nul part en 1983 quand le single outrancier
Animal (Fuck Like A Beast) au titre aussi poétique que osé s'est retrouvé dans les bacs, choquant une Amérique plus puritaine qu'elle n'en a l'air. Si des groupes comme
Mötley Crüe avaient déjà joué sur la provoque, W.A.S.P détonait singulièrement. A l'époque des paillettes et de l'explosion du hard US/glam, la bande de
Blackie Lawless jouait un heavy metal qui ne faisait pas dans la dentelle et le look était bien plus crade. Pas de paillettes, mais du sang. Pas de bas résilles, mais des moules-burnes en forme de scie circulaire.
Quand le premier album éponyme parait en 1984, le groupe était déjà attendu au tournant. W.A.S.P allait-il garder la ligne directrice qu'il semblait se tracer à coup de provocations et d'hémoglobine ? Allait-il gentiment rentrer dans la masse ? Lawless l'annonce d'entrée de jeu :
I Wanna Be Somebody. Et pour cela, il va persévérer dans son heavy metal lourd, agrémenté d'un chant qui ressemble plus à des cris rageurs. Lourd, volontiers rentre-dedans, d'une concision bluffante, le disque est un condensé de brulots meurtriers.
Hellion,
L.O.V.E Machine,
On Your Knees, autant de sonnets à la gloire du trash et du mauvais goût assumé. W.A.S.P ne fait pas dans la dentelle, en rajoute dans la démesure à l'instar de
Venom dans un style différent. Tout baigne dans le sang, ça sent le sexe et la viande avariée. C'est jouissif, c'est bandant, c'est malsain. Mais que ça fait du bien !
Avec ses refrains écrits et joués comme des hymnes, le groupe se montre conquérant et s'impose facilement dans les esprits. Ce n'est pas prise de tête, c'est direct et efficace, ce que l'on demande au heavy metal dans sa forme la plus simple. On retrouve tout de même de bon soli tout le long de l'album, courts, racés. Mais W.A.S.P ne se contente pas de charger tout du long, il sait également varier son propos en proposant une power ballad réussie,
Sleeping (In The Fire) et un titre étrange,
School Daze, espèce de réponse musclée au
School's Out d'
Alice Cooper, avec son intro qui fait froid dans le dos.
Même si ce disque a été très remarqué à sa sortie, il n'est pas parfait de bout en bout, loin s'en faut. Si les hymnes les plus évidents et d'autres titres marquants se détachent nettement de l'ensemble, c'est que d'autres, assez peu nombreux semblent être là pour combler les vides. Un remplissage somme toute innocent vu la collection d'hymnes assemblé ici, mais qui a tendance à tirer cet opus vers le haut, vers l'excellence. Il faut également passer un cap important, la voix de Lawless qui peut être rédhibitoire pour les oreilles les plus sensibles : grasse, écorchée, tirant vers le cri plus que vers le chant, comme il en a déjà été fait mention plus haut.
La version remasterisée contient le fameux
Animal (Fuck Like A Beast) ainsi que deux autres titres :
Show No Mercy qui possède un bon refrain qui le sauve de l'indifférence et une reprise du
Paint It Black des
Rolling Stone sympathique à défaut d'être réellement convaincante. Par un effet de balance, l'équilibre est conservé : un excellent morceau en compense deux plus faibles. Mais ce premier album reste une référence du heavy américain, outrancier, malsain, mais terriblement jouissif.