De temps en temps, certains groupes prennent plus ou moins de risques et sortent des sentiers battus, affinant leur style à l'extrême, voire en changeant, quitte à se mettre une ribambelle de fans sur le dos. Si l'un de ces groupes peut être cité en exemple, ce pourrait être
Paradise Lost, Paradise Lost qui était au sommet de sa gloire en 1995 après un
Draconian Times qui fleurait bon un metal teinté de doom et de gothique. Deux ans plus tard, c'est un quintet new look qui se présente. Certains se sont coupés les cheveux. Ils font bien plus propres sur eux. La pochette de ce One Second est étrange, présentant un visage androgyne, mais sans âge, comme si le temps et les rides avait effacé toute appartenance sexuelle au modèle. Et cette musique...
Les fans les plus acharnés, ceux qui ont suivi Paradise Lost depuis les débuts n'ont certainement pas tous apprécié l'orientation prise par le combo d'Halifax. Les pontes de la maison de disque de l'époque, Music For Nations, ont du se faire des cheveux blancs en entendant les premières démos de l'album. Parce qu'entre Draconian Times et One Second, il y a un gouffre, au point où l'on pourrait croire que deux groupes différents officient. Après dix ans de carrière, que voulait-on entendre, qu'attendait-on de Paradise Lost ? Le groupe devait-il cesser sa marche en avant, lui qui n'en a jamais fait qu'à sa tête ? Les musiciens devaient-ils se forcer à jouer dans un style par pure simplicité ? Peut-on réellement accuser ces types d'avoir choisi l'option "commerciale" tellement ce virage stylistique pourrait avoir de faux airs de suicide commercial justement ?
Parce que sur cet album, le doom n'est même pas survolé. Les derniers relents death ont disparu de la voix de
Nick Holmes qui alterne entre une voix claire et un registre plus grave, à l'instar de
Dave Gahan (
Depeche Mode). Les guitares sont également moins présentes.
Greg Mackintosh s'intéresse beaucoup aux claviers et aux samples, et il en use avec un certain entrain, donnant des nuances résolument gothiques, voire new wave à l'ensemble. Si les soli sont les grands absents des compositions (Mackintosh n'a jamais aimé en jouer), la guitare n'est pas forcément rare. Certains morceaux ont une approche résolument metal comme
Soul Courageous ou encore
Say Just Words, moins heavy que par le passé, plus nuancé certainement. Sinon, les guitares sont à l'affut, prêtes à entrer en scène à la moindre occasion (
Another Day). La section rythmique reste lourde, puissante, elle est la garante du mordant de l'album. Evidemment, on avance le long des douze titres de cet opus sans point de repère, à l'aveuglette. En l'espace de deux ans, Paradise Lost a considérablement muri et semble avoir fait table rase de son passé.
Bien sûr, les fans peuvent crier à la trahison face à un tel disque. Comme ceux de
Metallica l'on fait avec
Load juste un an avant. On peut leur donner raison, on peut leur donner tort. Une chose est certaine, les musiciens ne se sont pas trahis eux-mêmes en sortant l'album qu'ils voulaient, courageusement. Et le résultat en vaut la peine car si on fait nous-même abstraction des premiers pas plus sombres, plus violents, on tient là un disque très agréable, bien écrit et bien interprété. Les deux derniers morceaux traînent peut-être un peu en longueur par rapport aux autres, on aurait peut-être apprécié un ou deux morceaux plus acéré, mais One Second est bon et franchement recommandable. A condition de ne pas avoir d'a priori.