Les fans de
Korn connaissent le penchant de Jonathan Davis pour la musique Electro. C'est cet amour-là qui a fait prendre un virage dans leur discographie avec See You On The Other Side assez radicalement, même si l'on entendait déjà des bribes sur Issues par exemple. De là Untitled a enfoncé le clou et divisé les fans, et voici que
Korn, après avoir sorti un album en forme de revival 90's, retourne à ses démons expérimentaux à la seule différence près qu'ils sont bien plus fourbes qu'autrefois, et qu'ils surprennent un brin (euphémisme inside). Alors oui
Korn se lance dans le Dubstep/Electro, aplatit dans un coin ses guitares lourdes et sa basse vrombissante pour les troquer contre des platines et des tables de mix. On est surpris bien sûr, et l'on peut être assez déçu de voir la bande de Baskerfield se plier à une mode qualifiée par beaucoup de « mode pour les kids ». Mais bon, s'il n'y a pas prise de risque pour les amateurs du Dubstep, on ne peut pas dire la même chose à l'encontre du fan, et c'est bien ça qui nous intéresse : que devient
Korn avec ce The Path Of Totality ?
La réponse est assez simple :
Korn livre là un album totalement à part de sa discographie, sorte de long défilé de featurings, Skrillex prenant la tête dans l'opus. Adieu guitares et basse, ces dernières sont étouffées par les machines certes puissantes et bien groovy par moment (« Narcissistic Cannibal ») mais ne relevant clairement pas de
Korn et c'est bien là le problème. On me dit dans mon oreillette que ce nouvel album devait être au départ un EP à l'idée amusante de mêler des stars du Dubstep à
Korn puis est devenu cet objet à l'artwork d'ailleurs singulièrement mauvais et sans inspiration. Alors dans le genre c'est certainement sympathique à écouter, sauf pour les allergiques du mouvement anglais, mais pour le fan de
Korn que je suis c'est du viol auditif. Oui c'est ça, en proposant cet album aux fans qui les suivent depuis leur jeunesse, les
Korn deviennent des pédophiles et nous violent dans les oreilles m'voyez ? Assez ironique sachant que c'est la thématique principale de Davis dans ses paroles depuis le premier et mythique disque.
Bon je m'éclate un peu mais que dire face à ça hein ? Certes on va parfois bouger un peu le pied parce que ça bouge oui normal c'est le but du style mais il n'y a rien qui fait grimper aux rideaux, si ce n'est (« Way Too Far (feat. 12th Planet et Flinch») au refrain vraiment magnifique. Le reste dispose de rythmes quasiment tous semblables et le peu de refrains accrocheurs se compte sur les doigts d'un amputé ; la chose la plus à regretter étant le côté malsain du groupe, totalement absent. Alors pourquoi, pourquoi diable ne pas avoir sorti ces morceaux en les jouant façon
Korn, bien grassement, avec virilité, puissance et sens du malsain et avoir ensuite laissé leurs potes remixer le tout ? Car au-delà de toute la polémique qui entoure cet album, je me surprend à me dire que les morceaux de The Path Of Totality auraient pu être sympas joués avec la bonne vieille basse écrasante de Fieldy et la guitare de Munky. Aussi le mieux qu'il reste à faire c'est écouter ce trip entre potes et imaginer ce que ça aurait pu donner avec le
Korn que l'on connaît (« Get Up ! » ou «Kill Mercy Within» par exemple). Et là ça fout les boules.
Mais bon
Korn n'a plus rien à prouver depuis longtemps et il faut prendre The Path Of Totality pour ce qu'il est : un album d'un groupe qui veut s'éclater. Effet de mode ou pas,
Korn n'est plus le groupe des 90's depuis bien longtemps aussi doit-on prendre leurs délires comme un jeu et saluer au moins le fait qu'un groupe comme celui-là ne se morfonde pas dans sa propre caricature et diversifie sans cesse ses activités. Peut-être cet essai sera-t-il le point de départ d'un mélange hyper réussi du vieux et du neuf, qui sait ?