Guns N'Roses.
Un nom que l'on croyait voué à un passé flamboyant. Une source intarissable de plaisanteries et de fous-rires irrésistible. Parce que ce groupe fut. Il fut énorme, au point où certains s'avançaient sur un terrain glissant en affirmant qu'il était le meilleur combo rock au monde. Rien que ça. Et bordel, ça y ressemblait vraiment. Un premier album devenu culte de chez culte et en tout point remarquable, une attente qui alimentait tous les ragots et autres fantasmes. Une seconde explosion commerciale avec le diptyque
Use Your Illusions. Une tournée mondiale où les Guns partageaient la scène avec ceux qui étaient désignés comme meilleur groupe de metal,
Metallica. Puis... Puis une descente aux enfers douloureuse pour les fans qui voyaient
Axl Rose faire sa diva, quittant la scène si quelque chose ne lui plaisait pas, allant jusqu'à frapper un fan qui a eu l'outrecuidance de le prendre en photo durant un show. Un caractériel à la
Ritchie Blackmore mais en pire ? Puis
Duff McKagan et
Slash se barrent,
Matt Sorum est viré et les trois vont former
Velvet Revolver tout en se livrant à une guerre fratricide avec Axl. Les fans sont pris en otage d'une querelle à la con et le nom de Guns N'Roses est encore un peu plus terni.
Puis il y a cette arlésienne, ce Chinese Democracy annoncé depuis des années mais qui ne sort pas. Si on sait que
Dizzy Reed est toujours dans le coup, les divers line-up sont étonnant et prêtent parfois à rire, comme lorsque Axl présente
Buckethead et son cornet à poulet frit en guise de couvre chef. Quand certaines marques rentrent dans la danse, c'est l'apothéose ! Ainsi, Dr Pepper, firme de soda américaine, promet une bouteille de soda par habitant aux USA si le disque sort en 2008. Et Axl aimant les bonnes chutes, l'album fantôme parait le 22 novembre 2008 en France (le 23 aux USA). En bonus, il est de bon ton de noter qu'il est déjà censuré en Chine.
Evidemment, il est alors difficile de digérer d'un coup un travail titanesque de presque 15 ans, où de nombreux musiciens se sont succédés, tout comme les producteurs (dont
Roy Thomas Baker, l'ancien producteur de
Queen). Pour faire simple, ceux qui pensent que les Guns, c'est Axl, Slash, Izzy (ou Gilby), Duff, Matt et Dizzy et rien d'autre (sinon le line-up du génial
Appetite For Destruction) vont avoir du mal à accepter ce disque. Il ne faut pas s'attendre à du sleaze, ni à des compositions fortement teintés de hard rock graisseux à la
Aerosmith. Les premières écoutes seront même très déconcertantes car il y a peu de riffs sur cet album et aucune chanson n'est réellement tubesque. Les refrains ne sont pas immédiats, on a rien d'aussi définitif qu'un
Paradise City ou qu'un
You Could Be Mine.
Le groupe a évolué. Et en plus d'une décénie, les influences se sont mêlées, Axl a muri en tant qu'homme. On est donc confronté à ses goûts, ses envies, ses lubies. On pouvait craindre de nombreux passages electro/indus et il y en a. Discrets, s'accordant bien au schéma des compositions qui utilisent cet artifice (
Schackler's Revenge,
Better). En revanche, le piano se taille une place de choix. Axl n'a jamais caché son affection pour Queen et souvent on retrouve quelques gimmicks propres aux britanniques (comme sur le psyché
Catcher In The Rye ou sur la très belle ballade
This I Love qui aurait très bien pu être chantée par
Freddie Mercury). Sans que ce Chinese Democracy ne soit hasardeux, on a du mal à extraire une ligne directrice. Lorgnant vers un rock classieux aux consonnances hard indéniables (
Chinese Democracy,
Shackler's Revenge,
Prostitute...), le disque n'offre pas beaucoup de repères. L'absence de riffs réels durant les couplets (la guitare semble plutôt s'inviter doucement pour se montrer plus explosive sur les refrains) est déconcertant. Pourtant, au fil de la progression dans l'écoute de cet opus, on s'y habitue bien vite et on se laisse aller à taper du pied durant les nombreux soli qui l'émaillent, impeccables et jouissifs. En revanche, on est loin d'un style à la
Joe Perry/
Slash, on pense plus au toucher particulier de
Brian May (Queen), on arrive à capter le grain de folie de
Buckethead et de
Ron Thal de temps à autre. Difficile de savoir qui joue quoi, difficile de se défaire de l'album également. On l'écoute jusqu'au bout. Parce que même si la musique n'est plus authentiquement hard/metal, il reste cette voix éraillée unique. Axl chante bien sur Chinese Democracy. Particulièrement bon sur les nombreuses ballades qui parsèment la rondelle, efficace sur les morceaux aux consonances plus funky (
If The World,
Scraped), génial sur certains OVNI (
Madagascar...) Il tire magnifiquement son épingle du jeu et prouve qu'il est resté un grand chanteur et valide du coup le droit d'existence des Guns sans ses anciens compères... Même si une partie du public considèrera cette oeuvre comme un album solo de sieur Rose.
Chinese Democracy n'est pas un disque immédiat. Il demandera de nombreuses écoutes pour être apprécié à sa juste valeur. Il se livrera petit à petit, dévoilant ses secrets à qui saura tendre l'oreille. Malheureusement un peu trop long, pas toujours ultra régulier dans la qualité, il n'est pas non plus le chef d'oeuvre espéré. C'est juste un bon, un très bon disque qui aurait gagné à être plus concis, plus homogène. Mais il peut raviver la flamme pour autant que les fans, et les autres amoureux de bonne musique, lui laissent une chance. En pleine récession, chaque américain aura la joie d'avoir une bouteille de soda en prime dans la boîte aux lettres. C'est pas merveilleux ça ?