Quel plaisir de pouvoir enfin découvrir après un silence de presque sept ans, les nouveaux travaux de ce sympathique et trop méconnu projet outre-Atlantique, initié en 1996 par le guitariste Colin Davis (à ne pas confondre bien entendu avec le brillant chef d’orchestre britannique). Une formation qui à l’époque, fut complètement noyée dans la tourbière bovine du Brutal Death, et qui n’est pas réellement parvenue à se faire une place à l’ombre des catacombes, malgré trois disques de qualité.
Si sur ses deux premiers opus,
Stench Of The Deceased et
Depopulate,
Vile n’avait il est vrai, pas totalement réussi à se délester du poids de ses influences, cherchant avant toute chose à exposer sa théorie de la violence en perpétuant un bûcheronnage intensif déjà largement diffusé par quelques institutions du genre (notamment par les suppôts de Satan du clan
Deicide, les techniciens barbares de
Suffocation, et surtout par les bouchers psychopathes de
Cannibal Corpse), il était malgré tout parvenu à imposer une identité non négligeable dans l’exécution, apposant une empreinte harmonique aisément identifiable en dépit du manque d’originalité de son propos. Cette identité était mise en valeur par une limpidité structurelle bienvenue, laquelle se dessinait sous les traits d’une précision radicale et d'un indéniable sens de la mélodie féroce. Un ensemble de facteurs qui conférait aux morceaux une efficacité appréciable et un côté pour le moins entraînant, garantissant par la même un grand confort de lecture.
Pourtant, cela ne s’est manifestement pas révélé suffisant pour que l’oreille blasée et incrédule de l’auditeur averti s’en retrouve ébranlée, et bien que l’album suivant
The New Age Of Chaos (paru en 2005), cultivait plus qu'adroitement cette fameuse singularité, tout en l’emmenant encore plus loin en y introduisant une profondeur personnifiée par un léger souffle Black, ce soldat de l’ombre n’est pas parvenu à faire résonner l’écho de sa détermination hors des fosses de l’anonymat.
Qu’à cela ne tienne,
Vile est à nouveau sur le pied de guerre, et ce bien nommé
Metamorphosis pourrait enfin changer la donne tant le groupe s’est attaché à donner le meilleur de lui-même, en peaufinant et en faisant évoluer son art afin d’en faire ressortir toute la pertinence. Longtemps instable et éparpillé, le line-up semble aujourd’hui solide, composé qui plus est de personnalités de choix, Collin Davis s’étant en effet entouré des frères Hrubovcak (
Divine Rapture,
Hate Eternal,
Monstrosity...) et de Erlend Caspersen (bassiste chez les techno-lamineurs de
Spawn Of Possession). Du joli monde au service d’un disque qui comme l’indique son intitulé, fait effectivement figure de semi-métamorphose en apportant un indéniable sang neuf tout en conservant les traits caractéristiques du groupe. Pour parler autrement, on peut affirmer que
Vile est à la fois différent et fidèle à ses principes.
Labourant autrefois des charniers plus communs, Davis et ses sbires ont considérablement élargi leur vision de l’extrême, et offrent aujourd’hui un Death Metal au visage revigoré, dévoilant des couleurs nettement plus fraîches et percutantes que par le passé. Ils y ont ajouté une dimension incontestablement plus mélodique, couplée à une volonté d’apporter autant de nuances que possible.
Cela est loin de vouloir dire que le groupe a tourné casaque ! Il n'a donc pas vendu son âme pour autant, en s’étant soudain mis à jouer du mélo-death trempé dans une guimauve mercantile, et fort heureusement, ce nouveau sens de la mesure ne se fait jamais au détriment de l’efficacité et de la hargne de jadis. En ce sens, on peut donc dire que le pari est remporté haut la main,
Vile n’ayant nullement renié le caractère intraitable de son art, tant les morceaux font montre d’une sévérité à toute épreuve.
Le tranchant et la férocité des riffs s’en trouvent même décuplés, leur virilité bestiale étant désormais contrebalancée par des contrastes mélodiques saisissants (
The Revealing et son solo subtil et aérien perdu au milieu d’un océan de furie barbare); par des percées acoustiques à la fois sombres et raffinées (
I Am Alive et son break tout en arpèges glacés); par des cavalcades épiques absolument irrésistibles (l’excellent
Rise et sa rigueur mélodique incandescente soutenue par les pilonnages intensifs d’une batterie très véloce); ou encore par des chants furtifs aux échos incantatoires produisant leur petit effet (
Wolf at your Door).
En fossoyeur appliqué, Vile s'offre même quelques escapades très réussies dans les gouffres de l’oppression par le biais de parties écrasantes, à l’image du ténébreux
As One, et surtout de l’angoissant
Shadow Work (morceau soulevant une véritable tempête de suie de par ses dissonances malsaines, ses rythmes rampants, son atmosphère charbonneuse et ses phrasés épileptiques).
Moins porté il est vrai sur la célérité rythmique, le gang californien s’autorise néanmoins de grisantes petites pointes de vitesse, assénant de temps à autre d’impressionnantes volées de blast beats, ce qui rend ces dernières doublement efficaces !
Il en résulte donc une expression à l’âpreté nouvelle, mais portant plus que jamais le sceau du groupe.
Notons pour conclure, que l'ensemble est mis en valeur par une production claire et puissante, mais ne versant pas pour autant dans la démesure proprette et aseptisée dont souffrent hélas trop de formations actuelles.
Alors que les noms de ferrailleurs bien moins entreprenants, résonnent beaucoup plus puissamment dans l’underground,
Vile demeure encore injustement confiné dans les geôles de l’indifférence. Il faut donc espérer que ce nouvel effort, le présentant sous son meilleur jour, lui permette de sortir la tête d’un marasme confidentiel qu’il ne mérite aucunement. Sans être une perle d’originalité, et encore moins une révolution dans l’univers du Métal de la mort,
Metamorphosis dispose néanmoins d’arguments non négligeables pour convaincre l’amateur de brutalité intelligible (et intelligente), et n’a surtout rien à envier à bon nombre d’albums du style autrement plus plébiscités.
Virulent, varié, technique sans être démonstratif, et faisant preuve d’une ingéniosité mélodique constante,
Metamorphosis surprend par sa fraîcheur inédite et rassure par son intensité de tous les instants. Véritable vitrine d’un savoir-faire pleinement acquis, il permet de mettre définitivement sur les rails de la compétitivité un groupe au talent manifeste, qui a habilement su mettre sa créativité en relief. Saurez-vous lui donner enfin la chance qu’il mérite ?