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Chroniques :: Chronique de Emerald Forest and the Blackbird

Chronique de Emerald Forest and the Blackbird

Swallow the Sun  - Emerald Forest and the Blackbird (Album)

 8 
10

The Giant.



Alors que la scène Doom finlandaise n'a jamais été aussi intéressante depuis quelques années (merci aux Colosseum et autres Ablaze in Hatred!), revoici les fils cachés/enfants prodiges de Shape of Despair, les Swallow the Sun. On se souvient de New Moon, le quatrième et précédent album, qui avait enfoncé les portes d'une gloire promise (déjà prévisible dès The Morning Never Came), les musiciens de Jyväskylä remettent le couvert début 2012 avec Emerald Forest and the Blackbird, une nouvelle livraison marquée par le sceau oppressant du Doom-Death Mélodique.
Alors, que vaut la bête maintenant que le groupe est bien installé?


Sans détours, n'ayons pas peur des mots, Swallow the Sun signe ici un album remarquable. En effet, dès le titre d'ouverture, on sent que les finlandais tiennent à leurs ambiances mélancoliques, notamment grâce à ce chant féminin qui résonne dans le lointain telle une mélodie contemplative qui se voit portée jusqu'à nous par un vent glacial. De même, des arpèges sonnent tout en retenue pour conforter l'auditeur dans ce cocon musical gelé par le temps.
Et pourtant, "Emerald Forest and the Blackbird" n'a pas grand chose de novateur pour le groupe, mais la magie des mélodies opère et instaure une atmosphère qui n'est pas sans rappeler "The Giant" de Ghosts of Loss.

Là où Swallow the Sun surprend, c'est avec son "This Cut is the Deepest", véritable ballade sur laquelle Mikko Kotamäki laisse son chant clair s'exprimer seul. La démarche, si elle peut sembler étrange, est en tout point comparable à celle de Ghost Brigade, qui plaçait son "In the Woods" (qui n'a pas grand chose à voir avec le reste de l'album) dès le début de son opus Until Fear No Longer Defines Us. Quoiqu'il en soit, on comprend vite que le chant clair prend une place de plus en plus importante au sein de Swallow the Sun.

Après ce titre audacieux, le combo mené par Juha Raivio s'empresse de revenir à ses sources, avec des compos plus Doom-Death que jamais. A la pelle, on peut citer les "Hearts Wide Shut", "Silent Towers" ou "April 14th", qui ne sont pas sans rappeler l'époque Hope. Bien que le chant soit toujours aussi varié, ce sont bien les guitares qui retiennent l'attention, suivies de près par un clavier inspiré. On reconnaît fort bien la patte StS, ce qui constitue en un sens l'un des petits défauts d'Emerald Forest and the Blackbird: ces morceaux sus-cités auraient très bien pu se retrouver sur les précédents efforts du groupe...

Mais tout cela était sans compter sur le talent de Swallow the Sun, cette petite étincelle de génie qui le classe au-dessus d'un paquet de prétendants. "Hate, Lead the Way" par exemple, est une véritable tuerie qui mêle sans concession l'univers sombre du Doom à des sonorités glaciales (les guitares!), pour un effet plus que convainquant! "Of Death and Corruption" et le terrible "Night Will Forgive Us" ont eux aussi leur lot de moments forts avec un côté épique et un lead monstrueux pour le premier, et un sens de la mélodie accrocheuse pour le second...
Le "Labyrinth of London (Horror Pt. IV)" a lui aussi ce quelque chose, bien que cette piste soit un poil plus expérimentale et clairement plus progressive que le reste. Ici, ce sont les claviers qui donnent une dimension tragique. C'est mélodique, c'est touchant, mais c'est aussi terriblement noir et pesant...
Enfin, comment passer à côté de "Cathedral Walls"? Swallow the Sun s'est permit d'inviter Annette Olzon (Nightwish), pour un résultat très atmosphérique. Étonnamment, ce n'est pas l'invitée qui brille le plus ici, c'est bel et bien Mikko, qui offre une prestation touchante de par sa sincérité. Annette évolue quant à elle dans un registre très proche de Liv Kristine (Leave's Eyes, ex-Theatre of Tragedy...).


Si Emerald Forest and the Blackbird ne sonne pas une révolution pour Swallow the Sun, il serait dommageable de ne pas y reconnaître une certaine évolution. Oui, le chant clair prend de plus en plus de place, tout comme les leads de guitare (et encore, si on se réfère au tube "Swallow"...), mais la touche StS reste clairement identifiable. Comme pour New Moon, cet opus se plaît à mélanger les parties les plus sombres de son répertoire à des envolées mélodico-mélancoliques, pour un rendu certes accessible, mais ô combien efficace ("Labyrinth of London (Horror Pt. IV)").
Mais ce qui définit le mieux cette production se trouve dans le travail soigné des guitares, qui ne sont pas étrangères au succès de morceaux comme "Of Death and Corruption" et "Night Will Forgive Us"...

Un grand album pour un grand groupe, tout simplement.



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Commentaires


Très déçu pour ma part. Je trouve que le groupe sombre dangereusement dans l'accessibilité bon marché de par une approche beaucoup plus lisse et impersonnelle. Il en ressort un côté mièvre et édulcoré qui engendre un sentiment désagréablement racoleur.
L'époque des épopées funestes issues de The Morning Never Came ou même Ghosts Of Loss est révolue depuis un bout de temps, mais le groupe était jusqu'à présent parvenu à conserver son intégrité. Là, j'ai comme l'impression qu'il a rangé sa sincérité au placard...

Bref, cet album me laisse de marbre car manquant cruellement d'émotions et d'authenticité à mon gout. Dommage...

mar. 7 févr. 12- 18:21  
Je comprends ton avis Neptune, bien que je ne le partage pas. C'est vrai que Swallow the Sun devient de plus en plus accessible et s'éloigne peu à peu du Doom de ses débuts (la preuve avec "This Cut is the Deepest"...), mais je reste persuadé que la force des arrangements font de ce combo l'un des fers de lance du style en Scandinavie.
Au final, je pense que StS se transforme peu à peu en bête hybride qui mélange Doom et Death Mélodique (pour les guitares)...

Que penses-tu du chant de Mikko? De même, quel est ton avis sur "Labyrinth of London (Horror pt. IV)"?

mer. 8 févr. 12- 10:25  
Concernant le chant, je formulerai surtout des reproches au niveau des parties claires : elles sonnent désagréablement mielleuses et vont de pair avec un calibrage global que je trouve incontestablement plus grand public. Tout cela manque de hargne, de profondeur, et la fameuse magie mélodique dont tu parles est absente de mon point de vue. Pour faire simple, rien ne me prend vraiment aux tripes, excepté peut-être la poignante intro semi-acoustique de Cathedral Walls... Mais là encore, le morceau retombe comme un soufflé faute de justesse.
Le feu passionnel et la sincérité qui enflammaient des morceaux comme Through Her Silvery Body, Ghost Of Laura Palmer, These Hours Of Despair, ou plus récemment le très "katatonien" New Moon semblent être passés à la trappe si tu vois ce que je veux dire.

Et pour Labyrinth of London (Horror pt. IV), eh bien, même verdict, hélas...
On est ici encore très loin de frissonner comme c'était le cas avec Swallow (Horror pt. I) au riff principal emprunté à My Dying Bride et à l'ambiance désabusée; ou bien encore avec la justesse atmosphérique de Don't Fall Asleep (Horror pt II)...

Bref, comme tu l'auras compris, je reste totalement hermétique au charme factice d'un disque qui pour moi, n'est pas vraiment digne du talent dont disposent pourtant ses géniteurs.
Mais comme tu le dis, peut-être que le groupe se transforme peu à peu. Surement veut-il toucher un public plus large, ce qui est légitime finalement... Pourtant, il a toujours fait partie de la sphère Doom Death mélodique, mais là, il y a définitivement quelque chose qui me dérange. Je crois au final que cette "nouvelle" direction, même si elle conserve bien sûr les traits caractéristiques du groupe, sent beaucoup trop la guimauve, ce qui n'est pas en adéquation avec l'idée que je me fais de l'authenticité.

Quoi qu'il en soit, tous les goûts sont dans la nature, et ta chronique fait preuve d'honnêteté. Nous n'avons tout simplement pas les mêmes perceptions et la même sensibilité...

mer. 8 févr. 12- 11:16  


Emerald Forest and the Blackbird - Infos

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Infos de Emerald Forest and the Blackbird
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Sortie : 1 février 2012
Genre : Doom-Death Mélodique
Label : Spinefarm Records
Playlist :
1. Emerald Forest and the Blackbird (09:58)à écouter en premierlisten
2. This Cut is the Deepest (05:20)
3. Hate, Lead the Way (06:14)culte !culte !listen
4. Cathedral Walls (06:48)à écouter en premierlisten
5. Hearts Wide Shut (05:55)
6. Silent Towers (04:01)
7. Labyrinth of London (Horror pt. IV) (08:29)à écouter en premier
8. Of Death and Corruption (05:00)culte !culte !
9. April 14th (08:29)
10. Night Will Forgive Us (06:41)culte !culte !
écouter : Ecouter l'album



Swallow the Sun

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Création : 2000
Genre : Doom Metal
Origine : Finlande

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