Alors que la scène Doom finlandaise n'a jamais été aussi intéressante depuis quelques années (merci aux Colosseum et autres Ablaze in Hatred!), revoici les fils cachés/enfants prodiges de
Shape of Despair, les
Swallow the Sun. On se souvient de New Moon, le quatrième et précédent album, qui avait enfoncé les portes d'une gloire promise (déjà prévisible dès The Morning Never Came), les musiciens de Jyväskylä remettent le couvert début 2012 avec Emerald Forest and the Blackbird, une nouvelle livraison marquée par le sceau oppressant du Doom-Death Mélodique.
Alors, que vaut la bête maintenant que le groupe est bien installé?
Sans détours, n'ayons pas peur des mots,
Swallow the Sun signe ici un album remarquable. En effet, dès le titre d'ouverture, on sent que les finlandais tiennent à leurs ambiances mélancoliques, notamment grâce à ce chant féminin qui résonne dans le lointain telle une mélodie contemplative qui se voit portée jusqu'à nous par un vent glacial. De même, des arpèges sonnent tout en retenue pour conforter l'auditeur dans ce cocon musical gelé par le temps.
Et pourtant, "Emerald Forest and the Blackbird" n'a pas grand chose de novateur pour le groupe, mais la magie des mélodies opère et instaure une atmosphère qui n'est pas sans rappeler "The Giant" de Ghosts of Loss.
Là où
Swallow the Sun surprend, c'est avec son "This Cut is the Deepest", véritable ballade sur laquelle
Mikko Kotamäki laisse son chant clair s'exprimer seul. La démarche, si elle peut sembler étrange, est en tout point comparable à celle de Ghost Brigade, qui plaçait son "In the Woods" (qui n'a pas grand chose à voir avec le reste de l'album) dès le début de son opus Until Fear No Longer Defines Us. Quoiqu'il en soit, on comprend vite que le chant clair prend une place de plus en plus importante au sein de
Swallow the Sun.
Après ce titre audacieux, le combo mené par
Juha Raivio s'empresse de revenir à ses sources, avec des compos plus Doom-Death que jamais. A la pelle, on peut citer les "Hearts Wide Shut", "Silent Towers" ou "April 14th", qui ne sont pas sans rappeler l'époque Hope. Bien que le chant soit toujours aussi varié, ce sont bien les guitares qui retiennent l'attention, suivies de près par un clavier inspiré. On reconnaît fort bien la patte StS, ce qui constitue en un sens l'un des petits défauts d'Emerald Forest and the Blackbird: ces morceaux sus-cités auraient très bien pu se retrouver sur les précédents efforts du groupe...
Mais tout cela était sans compter sur le talent de
Swallow the Sun, cette petite étincelle de génie qui le classe au-dessus d'un paquet de prétendants. "Hate, Lead the Way" par exemple, est une véritable tuerie qui mêle sans concession l'univers sombre du Doom à des sonorités glaciales (les guitares!), pour un effet plus que convainquant! "Of Death and Corruption" et le terrible "Night Will Forgive Us" ont eux aussi leur lot de moments forts avec un côté épique et un lead monstrueux pour le premier, et un sens de la mélodie accrocheuse pour le second...
Le "Labyrinth of London (Horror Pt. IV)" a lui aussi ce quelque chose, bien que cette piste soit un poil plus expérimentale et clairement plus progressive que le reste. Ici, ce sont les claviers qui donnent une dimension tragique. C'est mélodique, c'est touchant, mais c'est aussi terriblement noir et pesant...
Enfin, comment passer à côté de "Cathedral Walls"?
Swallow the Sun s'est permit d'inviter Annette Olzon (
Nightwish), pour un résultat très atmosphérique. Étonnamment, ce n'est pas l'invitée qui brille le plus ici, c'est bel et bien Mikko, qui offre une prestation touchante de par sa sincérité. Annette évolue quant à elle dans un registre très proche de Liv Kristine (Leave's Eyes, ex-Theatre of Tragedy...).
Si Emerald Forest and the Blackbird ne sonne pas une révolution pour
Swallow the Sun, il serait dommageable de ne pas y reconnaître une certaine évolution. Oui, le chant clair prend de plus en plus de place, tout comme les leads de guitare (et encore, si on se réfère au tube "Swallow"...), mais la touche StS reste clairement identifiable. Comme pour New Moon, cet opus se plaît à mélanger les parties les plus sombres de son répertoire à des envolées mélodico-mélancoliques, pour un rendu certes accessible, mais ô combien efficace ("Labyrinth of London (Horror Pt. IV)").
Mais ce qui définit le mieux cette production se trouve dans le travail soigné des guitares, qui ne sont pas étrangères au succès de morceaux comme "Of Death and Corruption" et "Night Will Forgive Us"...
Un grand album pour un grand groupe, tout simplement.