Qu’est ce que le Temps ?
Un flot inaltérable et inexorable ? Mais un flot de quoi ?
Derrière ce questionnement qui à autant trait à la Physique qu’à la Philosophie, et qui a épuisé (décimé ?) des générations entières de scientifiques et de penseurs, se cache peut-être le sens de la vie, de l’existence même de l’Univers, et même si mes élucubrations ne font clairement pas avancer le schmilblick, le concept même de Temps n’en finit pas d’inspirer nombre d’artistes, aussi bien dans les arts concrets, tels que la sculpture ou la peinture («[Art] concret […], parce que rien n'est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu'une couleur, qu’une surface», Theo Van Doesburg), que dans les arts abstraits, comme la musique («J'appelle art abstrait tout art qui ne contient aucun rappel, aucune évocation de la réalité observée», Michel Seuphor)…
Grown Below, jeune formation Anversoise (Belgique) fraîchement signée sur le label Russe
Slow Burn Records, et réincarnation d’un précédent groupe répondant au nom de
Timer (Ironie, quand tu nous tiens !), nous gratifie en cette fin d’année 2011 d’une offrande Metallique intitulée «
The Long Now». Un concept album centré, vous l’aurez sûrement compris, sur le thème de la fin du Temps, et de l’existence telle que nous la connaissons…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces gars là ne manquent pas d’audace.
Qui sont donc ces grands malades qui osent s’essayer à un exercice aussi périlleux sur leur premier disque, sachant que de nombreuses formations de renom s’y sont lamentablement cassé les dents ?
C’est ce que nous allons voir tout de suite.
D’entrée de jeu, le groupe annonce la couleur.
Oscillant quelque part entre Sludge, Post-Rock, Post-Hardcore et Doom Funéraire, «
Trojan Horses» déboule sans crier gare et nous écrase sous une chape de plomb, avant de nous malmener au gré de ses atmosphères planantes, aux couleurs musicales aussi variées que réussies, entrecoupées de passages d’une lourdeur incroyable.
L’alternance de growls et de chant en voix claire de Matthijs Vanstaen, associée à cette délicate mixture, donne une impression de musique à deux visages, ne se dévoilant pleinement qu’à ceux qui ont le courage de s’immerger totalement dans l’univers du groupe, car oui,
Grown Below prend également le temps de développer son art en proposant des morceaux pour la plupart très longs (jusqu’à 16’49 pour l’éponyme «
The Long Now»), les seules exceptions étant le Sludgesque «
Devoid of Age», l’interlude «
Minaco II – Nebula», et l’outro «
Malklara», ces deux dernières versant dans un Ambiant du plus bel effet, paraissant presque réconfortant après ce déluge de Metal en fusion.
Le propos de l’album n’est également pas en reste, et nous nous retrouvons témoins des derniers jours de la Terre, en suivant le parcours d’un homme qui, las de se battre pour sa survie, se laissera absorber dans le néant, devenant lui-même une entité hors du temps et de l’existence, une part de ce néant qu’il craignait tant...
Si le manque d’accessibilité de cet album est maintenant évident, car celui-ci méritera de nombreuses écoutes pour se laisser apprivoiser, il faut dire que les musiciens de
Grown Below sont impressionnants de maîtrise, et n’ont rien à envier aux pointures du genre que sont
Isis,
Cult Of Luna ou encore
Tool (même si l’influence de ce dernier est beaucoup plus discrète que les deux autres), tant au niveau de la composition que de la production, excellente soit-dit en passant, et conférant à «
The Long Now» une puissance dévastatrice.
En bref,
Grown Below signe là une œuvre magistrale, dont on ne peut que reconnaître les qualités, si tant est qu’on lui accorde suffisamment de temps pour pleinement l’apprécier.
Ce jeune groupe est en tout cas promis à un bel avenir, et tutoie déjà les plus hautes sphères du Metal International avec «
The Long Now»...
Un des meilleurs albums de cette fin d’année, tout simplement.