Aaaaaaaaaah !
Adagio ! Le groupe que l'on aime aime critiquer en catimini, en pointant du doigt des ressemblances avec certains maîtres du style néoclassique, les ricains de
Symphony X en tête. Un procès facile, indélicat et finalement, tellement typiquement français que ça en devient ridicule. Le groupe de
Stephan Forté poursuit son petit bonhomme de chemin, évoluant doucement, se radicalisant, se teintant de styles différents pour s'enrichir. Et si trois ans se sont écoulés depuis
Dominate, dernier effort studio en date du combo, on ne peut pas dire que le groupe ait chômé.
Adagio a (encore) changé de chanteur et cette fois-ci, c'est un certain
Christian Palin (un petit Finlandais ayant évolué dans
Random Eyes et
Essence Of Sorrow). Il y a également eu cette signature étonnante, propice aux fantasmes les plus fous, sur le label
Listenable Records, label habitué aux groupes plus euh... radicaux. Puis cet
Archangels In Black annoncé et qui était des plus attendus.
Première constatation, le signature chez Listenable reste toujours aussi surprenante. Certes,
Adagio a déjà montré des signes de radicalisation sur l'opus précédent et confirme ce fait ici, mais sans devenir grind ou death pour autant (faut pas pousser mémé dans les orties non plus !). Les parties néoclassiques se font un peu plus discrètes même si des passages symphoniques viennent apporter une dynamique agréable à l'ensemble, très heavy. Rien que
Vamphyri calme d'entrée de jeu, avec son début qui aurait pu être joué par un groupe de black metal sympho. Un grognement sourd, une section rythmique énorme, cette dualité entre le clavier et la guitare toujours plus agressive de Forté. Le talent de composition est bel et bien là et la cassure provoquée par un clavecin obscur, un peu goth dans l'esprit, est de toute beauté. On notera également quelques blast beats étonnants, de vraies décharges d'adrénaline dont l'emploi est astucieusement limité (comme sur le final du long et épique
Cadex Oscura).
On remarquera également les refrains vivants et travaillés qui parsèment cet album. Palin a une voix que l'on peut qualifier d'américaine, une voix qui peut faire des miracles sur des styles plus soft, heavy mélodique ou AOR. Avec
Adagio, il contribue à apporter des mélodies vocales qui donnent une texture particulière aux compositions. Les refrains gagnent ainsi en force et deviennent facilement mémorisables (
The Astral Pathway ou encore
Getsu Senshi). Un avantage indéniable. Surtout qu'à côté, on se retrouve avec des oppositions drastiques de styles, comme sur l'excellent
Twilight At Dawn, où une voix aux résonances malsaines vient s'inviter dans la danse, pour un rendu marquant, semblant n'attendre que la scène pour littéralement exploser.
Avec
Archangels In Black,
Adagio ne peut décevoir ses fans. Pas de retournement de veste, juste une certaine logique dans l'évolution imprimée par le groupe depuis ses débuts. On retrouve le toucher précis et remarquable de Forté ainsi que le travail d'écriture et d'interprétation. On peut regretter que la première moitié de l'album paraisse en définitive moins marquante, moins implacable que la seconde qui elle agit comme un pittbull enragé lâché sur un élevage de chihuahuas. Ensuite, ce disque s'apprécie de plus en plus au fil des écoutes. Une bonne claque qui plaira aux masochistes puisqu'elle s'apprécie sur la longueur. Une des premières déferlantes majeures de ce début d'année. Assurément.