Il semble de bon aloi, dans un souci d’équité bienveillante, de couper court à cette étrange familiarité que peuvent dégager les artworks de Machine Rouge et celui du dernier Betraying The Martyrs. Pur hasard dira-t-on. Quoiqu’il en soit, les frenchies de Sidilarsen effectuent un retour ordinaire trois ans après un « Une Nuit Pour Sept Jours » en demi-teinte. Les monarques du « dance metal » avaient en effet surpris leur monde avec un opus piochant autant dans les aspirations électro-déviantes de « Biotop » tout en allant cherchant la délicatesse aqueuse de l’ « Eau ». L’ensemble, aussi hétérogène que cela pouvait être, naviguait entre plusieurs influences mal digérées et poussiéreuses.
« Machine Rouge » s’inscrit dans la continuité de la précédente réalisation des toulousains et enfile une pléthore de hits à la suite. Afin de privilégier cette envie d’aller droit au but, le temps mort a été mis au placard afin de garder un rythme d’écoute plaisant et certain, la plupart des titres n’atteignant pas les cinq minutes, le résultat n’en est que plus agréable. Autant le dire de suite, Sidilarsen n’a jamais privilégié l’expérimentation (« Biotop » excepté) et mise tout sur l’efficacité.
Dès l’entame du premier morceau, on se dit que le meilleur est à venir. Une intro dub graduée explose sur un riff lourd et entraînant avec toujours une utilisation judicieuse de l’électro. J’aurais tendance à avancer que l’utilisation des machines se retrouve beaucoup mieux exploitée que chez le grand frère
Mass Hysteria. Et jusqu’au featuring avec Zebda (oui vous avez bien lu), cette mixture magique hautement toxique opère. Rock, metal, électro, rap, tout y passe ou presque. Ainsi, « Back to Basics » est une petite merveille dancefloor avec son gros beat techno et ses guitares rock tranchantes comme un couteau suisse. Lorsqu’on superpose sur cette aubade éloquente la voix voluptueuse de Frédérika, on tient là un point culminant de l’album. La réserve viendra peut être d’un « Back to Basics » scandé dans un anglais approximatif, ce qui créer un léger décalage sans gravité conséquente. A contrario, « Fantasia » ne propose rien de vraiment concret (toujours cet anglais de sixième) et entraîne dans son sillage « Absolu » et son electro-rap saturé presque juvé
nile.
Autre détail tout aussi important à noter, les français se sont lancés dans la mode des featurings, et votre cher serviteur a bien cru avoir la peur de sa vie lorsqu’il a vu le nombre de collaborations. Mais finalement, le rendu est tout à fait honorable. Citons par exemple un « Offensif », dont la rythmique reggae enlevée se pose délicatement sur un refrain arrache-cœur terriblement vrai et d’actualité.
Finalement, s'il est normal de s’enorgueillir d’un canevas assez ouvert, proposant des influences passant par Noir Désir ou encore The Prodigy, encore faut-il maintenir le plaisir et les espérances jusqu’au bout. Malgré des moments sympathiques voire même très bons (« A Ton Ego » et la voix chaude de Viber qui fera surement des émules, Didou qui s’essaye à un registre aigu sur « Vie Passionnée »), le constat est amer. La plupart des tubes sont placés en début d’album et cristallisent l’attention avec la férocité qu’on connait des vieux lions.
Toujours aussi vindicatif et engagé au niveau des paroles, Sidilarsen, éternel outsider du metal français, propose ici un album au dessus de « Une Nuit Pour Sept Jours » mais en deçà de ces précédentes réalisations. Il semble évident que l’épreuve du live sera bénéfique à « Machine Rouge » qui ne laissera malheureusement pas une trace indélébile dans le paysage métal hexagonal.