Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Oceanic

Chronique de Oceanic

Isis  - Oceanic (Album)

 9 
10

S'éveiller au rythme marin



Lorsque Isis éclot en 2000 avec Celestial il n’est encore qu’un petit poussin timide, qui joue seul de son côté et tente de drôles de choses qu’il trouve douillettes. L’électronique le berce, il se sent bien dans la légèreté étrange que dégage sa musique déjà massive et lente et il aspire déjà à conter les panoramas sublimes qu’offrent les éléments. Alors il bidouille et bidouille, sur Sgnl>05 et se trouve pourtant pas assez novateur, pas assez concret. Il embarque donc sur une petite barque, et se dit que le calme de l’océan lui fera le plus grand bien, qu’il s’y sentira à son aise et saura quoi pondre. Mais les turpitudes des vagues et l’azur marin ont d’autres effets sur lui. Tantôt bercé, tantôt secoué, il revient de son périple fort d’une nouvelle assurance, il sait que sa musique sera le reflet de son expérience. Aussi baptise-t’il son nouvel effort Oceanic, en contraddiction avec Celestial et se lance dans la création musicale de ce qui restera son véritable chef d’œuvre.

De ce voyage dans les méandres de ses possibilités artistiques, Isis en a retenu l’essence magique qui se joue dans les sens, sa perception de l’océan donne à l’album sa couleur, la musique est un flot docile, une mer tumultueuse, on passe entre les falaises de Charybde et Scylla, on est pris dans un tourbillon ravageur, on se laisse porter par le calme après la tempête et on passe par toutes les émotions que peut offrir le groupe d’Aaron Turner à son meilleur, et qu’il n’offrira que rarement par la suite, notamment sur un Panopticon bien plus homogène et moins onirique. Car la découverte d’Oceanic, si elle passe par de nombreuses écoutes, par de nombreux retours sur nous-mêmes et sur notre perception de la musique, se fait dans la douceur avant tout, dans le calme et le silence. Au casque. Seul. Méditatif. Rêveur. Tout ce que symbolise « Weight », longue plage où les guitares viennent doucement nous emporter aux côtés de cette voix féminine si bienvenue. Ce que Isis sait faire de mieux est dans Oceanic. Un sens du Heavy dans son terme propre, avec des riffs Sludge efficace, un sens des ambiances sublime (jamais on ne ressentira autant la douceur océanique que dans « Maritime » ou « - », qui annonce déjà Gojira), un jeu Post-Rock qui se mélange à merveille au reste (« Carry », tellement belle ou « False light » et ses sons de guitare Western Rock) et surtout une science du progressif poussée ici à son paroxysme. Isis est un groupe qui ose et s’il n’a pas révolutionné la musique, il a crée au sein du style pratiqué par Neurosis un autre courant.

Ce dernier est fait de ce mélange si curieux au prime abord, qui pourrait se résoudre en une équation simple : Neurosis + Tool + Godspeed You Black Emperor ! = Isis. Une formule qui montre toute l’hétérogénéité que peut proposer un essai réussi des américains. Oceanic est ainsi un album bâtit sur une roche inaltérable, ses mélodies se découvrent et se redécouvrent, son esprit créatif est entièrement tourné vers la nuance, ce mot si inconnu pour certains dans le Metal, et qui donne à nombre de formations ses lettres de noblesse. Chez Isis, on peut passer d’un Rock-Metal bien rythmé (« Hym ») à un riff plus violent, sur lequel Turner va apporter toute sa rage (« False light ») ou encore à une envolée sur laquelle une femme apportera toute la douceur nécessaire à l’évasion (« The Beginning and the End ») et tout ça dans le même morceau. Sans révolutionner le travail effectué par ses prédecesseurs, Isis cherche de nouveaux codes et mêle habilement toutes ses influences dans Oceanic, véritable perle de Metal où chaque titre fait voyager, où chaque guitare qui vient s’ajouter à une autre est une histoire à elle seule. C’est l’album d’Isis dans lequel on découvre un son de basse original, si bien que l’on croirait écouter un écoulement d’eau. Car la production d’Oceanic est à elle seule sujet de dissertation. Précise, puissante, elle impose le respect en ne sacrifiant jamais ambiances et puissance au profit de l’autre. Les guitares sont marquées par un delay devenu légendaire (« The Other ») et une texture de son tellement surréaliste qu’elle en devient un imaginaire, un monde à réinventer.

Toutes ces nuances, Isis les améne dans un tout sidérant de cohérence, de magie. On goûte à ces morceaux avec soif d’y revenir, curieux à la première écoute de savoir quelle chose va bien pouvoir suivre celle-ci et ainsi de suite. Et la grande force de l’album reste qu’il n’y a jamais de déception. Comme un album majeur de Neurosis, Oceanic est un voyage sans escales où l’on contemple, où l’on se noie dans la violence des riffs massifs d’Isis (« The Other ») et où l’on se croit bien souvent plus en train de survoler l’océan que d’y nager comme nous le fait si bien sentir « Weight », joyau des océans et témoin de toute la force mélodique d’Isis. Pour autant, Oceanic ne lésine pas sur les passages lourds, épiques, où les guitares reproduisent avec exactitude le navire embarqué sur les grandes vagues de cinq mètres (« From Sinking » est magique) mais jamais il ne lasse tant le dosage est parfait. A la redécouverte ou à la découverte d’Oceanic, on se rend compte de toute l’influence qu’a pu susciter Isis. L’album annonce déjà les Pelican, Red Sparowes, Omega Massif et autres Year of no light et c’est à partir de ce constat qu’on prend toute la mesure de son caractère légendaire.

Avec Oceanic, Isis offre au monde du Metal un de ces albums qui marquent, qui jamais ne s’oublient. Contrairement à ses futurs essais, il est un joyau qui brille par son éclat mélodique, structurel, rythmique, atmosphérique et ne se perd jamais dans les mêmes redites comme Panopticon. Jamais il n’hésite comme In The Absence of Truth, il est de ces œuvres qui sont une entité et représentent l’âme d’un artiste. Pour Isis, il est l’album à écouter en priorité afin de comprendre l’histoire du groupe et enfin juger une formation souvent surestimée, parfois sous-estimée, mais qui possédait en 2002, plus de talent que n’importe lequel des jeunes espoirs.

(2) Modifier l'article
par Prométhée, le 12 janvier 2011
Voir toutes les chroniques de Prométhée


Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :  
 9 
10
Prométhée
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires




Oceanic - Infos

Voir la discographie de Isis
Infos de Oceanic
acheter sur Amazon
Sortie : 17 septembre 2002
Genre : Sludge Metal
Playlist :
1. The Beginning and the End (08:01)à écouter en premier
2. The Other (07:14)à écouter en premier
3. False Light (07:42)à écouter en premier
4. Carry (06:46)à écouter en premier
5. - (02:05)à écouter en premier
6. Maritime (03:03)à écouter en premier
7. Weight (10:46)à écouter en premier
8. From Sinking (08:24)à écouter en premier
9. Hym (09:13)à écouter en premier
écouter : Ecouter l'album



Isis

Albums chroniqués :
Chronique de Panopticon
Panopticon
2004

Chronique de Oceanic
Oceanic
2002

Isis
Isis
Voir la page du groupe
Création : 1997
Genre : Sludge Metal
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:
  • Isis - 2 déc. 09 (Bègles)




Groupes en rapport


Neurosis
Neurosis
Voir la page du groupe
Création : 1985
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis


Pelican
Pelican
Voir la page du groupe
Création : 2001
Genre : Sludge Metal
Origine : États-Unis


Albums chroniqués :
Chronique de A day of nights
A day of nights
2006

Battle Of Mice
Battle Of Mice
Voir la page du groupe
Création : 2005
Genre : Autre
Origine : États-Unis


Gojira
Gojira
Voir la page du groupe
Création : 1996
Genre : Death Metal
Origine : France

Concerts:
Rapports de concerts:

Emperor
Emperor
Voir la page du groupe
Création : 1991
Genre : Black Metal
Origine : Norvège