Isis…le nom a une portée collective énorme. On est fan, on connaît, on en a entendu parler : dans tous ces cas là,
Isis n’est pas étranger au metalleux qui s’intéresse à la scène. Second maître du Post-core avec
Neurosis, le groupe d’Aaron Turner est le précurseur d’un style de Post-core complétement différent de son frère. Il a amené à l’émergence de groupes tels que Pelican, Red Sparowes ou Rosetta. Il a son style propre, unique. C’est en 2004 que sortait ce Panopticon, quelques temps avant The Eye of Every Storm de
Neurosis. Autant dire que cette année était intéressante pour la scène Post-core.
Il est rare pour un groupe d’arriver à faire verser une larme à son auditeur dès le premier morceau. Avec « So did we » en entrée,
Isis frappe fort. Le titre est progressif, très axé sur l’instrumental et riche en mélodies. On reconnaît d’emblée la patte
Isis. La montée émotionelle est forte, les mélodies nous empoignent et le chant d’Aaron, moins violent que celui d’un Steve
Von Till ou d’un Scott Kelly de
Neurosis, a ce quelque chose qui confine à la mélancolie. Le titre rassemble alors d’entrée tout ce que sait faire
Isis et est idéal pour amorcer l’écoute.
Un panopticon est une vue panoramique de paysages, une vue aérienne, irréelle, magnifique. L’album est un concept. Là où Oceanic respirait avec succès l’Océan, sa rage, sa douceur, sa quiétude, Panopticon côtoie les cieux. On se sent respirer l’air frais, voler, planer sur les notes lentes et doucereuses d’ « In fiction ». Notre esprit admire l’étendue terrestre, il suit le rythme lancinant des vagues poussées par le vent sur l’entrée de « Grinning mouths ». A la différence d’un
Neurosis, plus orienté sur les aspects violents du Hardcore et du Noisy,
Isis est un défenseur du Post-rock. Son style est incroyable : il est fait d’un mariage entre la légéreté des notes aériennes d’une guitare claire (« Grinning mouths ») et la puissance pachydermique propre au style Core (« So did we »). Comme chez
Neurosis, la basse est mise en avant. Elle a cependant ici un autre rôle grâce au son unique qu’elle posséde. Sur « In fiction » par exemple, on la laisse libre avec la batterie, nous amener avec douceur dans un voyage émotionel incroyable. Elle est souvent lourde pour appuyer les parties violentes mais elle est le cœur des passages doux qui apportent l’émotion de l’album. Impossible de décrire ici le son exceptionnel de la basse chez
Isis, il est nécessaire de le découvrir par soi-même. Elle semble tout simplement irréelle et apporte souvent de la lumière dans les mélodies (« Backlit »). On dirait parfois c’est dans de l’eau qu’a été enregistré ce son.
On a parlé d’émotions précedemment. Chez
Isis, le mot revient sans cesse. Parler de technique est inadapté ici. Dans le Post-core en général, la technique n’est rien, seul importe le génie de la mélodie.
Isis marie habilement son Post-rock léger et aérien à la lourdeur de ses guitares conjuguées au chant plein de rage d’Aaron. L’émotion est sans cesse présente.
Isis fait partie de ces groupes qui vous font voyager et vous font vibrer, à la manière d’un
Anathema dans un autre style. Le groupe alterne sans cesse entre instrumental et parties chantées (l’instrumental étant beaucoup plus présente) et une grande partie des sentiments ressentis sont dûs à ce côté progressif : la montée en puissance des instruments sur « So did we » par exemple, ne peut laisser de marbre ; l’ambiance dégagée par « Syndic calls » ou encore la légéreté pluvieuse d’un « In fiction » sont démonstratifs des atouts des Californiens.
Isis est un maître des ambiances, et ce, avec les instruments standards.
Alors oui, l’album n’est pas parfait, certains morceaux apportent moins que d’autres (« Wills Dissolve », « Altered course »), et le combo se repose sur ses lauriers : il est connu pour ça.
Isis a comme défaut de ne pas vraiment évoluer comme le fait
Neurosis. Il ne prend pas de risques réels et joue de sa musique unique pour composer ses albums, sans prendre de paris, sans vouloir surprendre. Les ambiances sont peut être différentes d’un album à l’autre, mais on reconnaît
Isis lorsque l’on connaît Oceanic. Néanmoins, il serait quelque peu déplacé de zapper ces morceaux, l’album étant fait pour s’enchainer à la perfection, dévoilant un torrent de sensations plus fortes les unes que les autres et donnant l’impression de n’écouter qu’un seul titre. Le chant d’Aaron peut aussi poser problème à l’auditeur qui ne connaît pas
Isis. Le jugement que l’on peut y porter sera forcément subjectif : le chant peut agacer, il est répétitif et le timbre d’Aaron est particulier.
Un très bon album que ce Panopticon. Il est d’ailleurs celui que l’on pourrait recommander à ceux qui veulent découvrir
Isis. Plus grand public car peut être plus Post-rock que les autres essais du groupe, ce Panopticon, s’il nest pas exempt de défauts, vous tiendra en haleine pour longtemps et vous dévoilera de nouvelles émotions à chaque écoute. Une occasion en or de découvrir avec aisance l’une des légendes du Post-core.