Las de devoir supporter le fardeau d'un héritage bien trop pesant pour lui, le chanteur brésilien d'
Angra, Edu Falaschi, ne pouvait plus continuer à exister uniquement sous les traits distordus d'une personnalité qu'il s'appliquait à déformer pour que celle-ci ressemble à celle de celui dont il n'était que l'ombre. Les partisans de Kiko Loureiro et de ses acolytes ne parvenaient, en effet, pas à oublier le charisme, l'aura et le talent d'André Matos.
Mais à s'évertuer à évoluer en des hauteurs inconfortables pour lui, et à s'acharner à mimer une personnalité vocale trop différente de la sienne, Edu aura fini par mettre son intégrité physique en péril. Fatigué et malade, certaines des dernières prestations publiques d'
Angra donnaient même à entendre les faiblesses touchantes d'un artiste extrêmement meurtri. Une décision s'imposait.
Edu fut donc contraint de faire un choix douloureux : celui de ne plus chanter dans ses hauteurs aux aigus si incommodes pour lui; celui de ne plus être l'ombre de quiconque; celui du silence et du repos, affranchi de tout joug.
Depuis 2006, parallèlement à la carrière qu'il mène au sein d'
Angra, le chanteur officie également au cœur d'
Almah. Après nous avoir proposé des albums peu originaux d'un Power Metal mélodique assez classique à la personnalité assez commune en un résultat, bon gré mal gré, sinon grandiose tout au plus appréciable (
Almah(2006),
Fragile Equality (2009)), il nous offre ce nouvel effort intitulé
Motion.
Tout d'abord, disons que le groupe nous y propose un renouveau musical délicieusement surprenant. S'éloignant de ce fade classicisme Power, il y mêle assez subtilement la ferveur d'une agressivité aux contours Thrash à une musicalité plus propre au Heavy Power Metal mélodique. En effet, nous faisant découvrir une surprenante ardeur inédite, le groupe n'oublie pourtant jamais l'harmonie de sa musicalité. Et construisant des morceaux dans lesquels il enchaîne les genres avec talent, il nous ravit. Certains pourraient alors croire qu'en néophyte de ce genre Heavy Thrash mélodique, Almah allait s'égarer dans les maladresses normales liées à ses premières fois hésitantes. Etonnamment, pas du tout. Tant et si bien que fluidité, intelligence et maîtrise restent les maîtres mots de cette œuvre.
Quant aux travaux d'Edu, ils sont simplement superbes. Tantôt âpres, tantôt mélodiques, tantôt extraordinairement violents même, moins aigus et plus naturels, ils augurent peut-être, de ce vers quoi le vocaliste tendra dès son retour (si tant est qu'il revienne un jour).
Que nous reste-t-il donc à dire, sinon à louer l'excellence de ces chansons dont certaines demeurent, quoiqu'on en dise et quoiqu'on en pense, de très agréables découvertes? Citons par exemple, les remarquables "Hypnotized", "Living and Drifting" (dans laquelle certaines intonations d'Edu ne sont pas sans nous rappeler celles du grand
Bruce Dickinson), ou encore le terrifiant "Zombies Dictator" aux couplets superbement violents et rugueux mis en contraste par de magnifiques refrains mélodiques et de très beaux breaks.
Si l'âme d'Almah semble ici transfigurée, elle gardera tout de même quelques stigmates de la musicalité et de la technicité propre au genre duquel elle est initialement extraite. Et ainsi, des morceaux tels que "Bullet on the Altars", "Daydream Lucidity" ou encore les ballades telles que "Late Night in '85" et "When and Why", apparaîtront sans doute comme trop ordinaires et classiques en comparaison du reste de l'album.
Motion est donc un excellent album de Heavy Thrash Metal mélodique qui augure d'un avenir prometteur pour ces brésiliens, pour peu qu'Edu Falaschi puisse se remettre de ses déboires de santé. En attendant ce moment béni ou cet espoir déçu, délectons-nous de ce nouvel effort d'
Almah, et souhaitons qu'il ne soit pas l'épitaphe cinglante d'une expression, aujourd'hui enfin encourageante.