Le doom metal n’a jamais été une institution en France. A l’inverse de nos voisins scandinaves qui sont férus de ce style si particulier (
Candlemass pour la Suède et
Thergothon pour la Finlande entre autres), nous français ne parvenons pas à voir la subtilité et la beauté de ce metal si complexe. Seuls quelques groupes tentent leur chance dans ce domaine, à l’image des nordistes d’
Amphitryon et de leur doom théâtral et mythologique, ou encore d’
Ataraxie, groupe rouennais de funeral doom death metal auquel nous allons nous intéresser.
Pour rappel,
Ataraxie est un groupe né à Rouen au cours de l’année 2000 sur l’initiative de Jonathan Théry aka Marquis (chant, basse). Le combo propose un doom très lent et massif où le chant se veut proche du death metal, accompagné de temps à autres de passages atmosphériques calmes ou les guitares et le chant clair de Marquis se subliment. Cette recette on la retrouve dans l’album «
Slow Transcending Agony », premier meilleur album d’
Ataraxie. Cinq pistes qui témoignent du savoir faire des français dans le style.
Dès l’intro de « A Step Into The Gloom », le ton est donné : une petite guitare entame une mélodie sinistre bientôt remplacée par un doom aux relents death ultra puissant. Mais le combo propose aussi des innovations avec notamment un passage doom blasté sur le titre « Funeral Hymn ». On l’a dit,
Ataraxie joue sur l’ambivalence puissance-calme, un peu comme si
Opeth se mettait au doom death metal ! Ce cheminement est le propre même du morceau « L’
Ataraxie », longue marche vers la mort où l’homme avance vers sa destinée fatale pour enfin trouver l’apaisement dans un passage calme atmosphérique avant l’agonie finale (Marquis pousse des cris terrifiants dans un passage doom dantesque). Les deux derniers titres ne sont pas en reste puisque bâtis sur ces mêmes fondations.
Ici le chant de Jonathan Théry se veut relativement proche du death metal, mais à l’inverse de nombreux groupes de metal français qui chantent seulement en anglais (
Gojira,
Trepalium,
The Old Dead Tree…),
Ataraxie choisit de chanter en anglais et en français : une recette payante qui enrichit davantage encore cette production. Ainsi sur le titre « L’
Ataraxie », on peut entendre Marquis clamer de sa voix gutturale un
Je veux atteindre l’ataraxie mémorable. Les guitares et la basse sont le moteur de cette musique tortueuse et sinueuse, tandis que la batterie impose un rythme lent et pachydermique qui amplifie un peu plus cette sensation d’étouffement.
Cependant, malgré toutes ces bonnes idées, on pourra regretter une certaine répétition entre les titres (tous bâtis de la même manière), une durée relativement longue de l’essai (55 minutes pour seulement cinq morceaux), un chant clair trop peu présent et peut-être un manque de prise de risque parfois mais on peut opposer à cela une production irréprochable qui place chaque instrument à sa juste valeur et une qualité d’interprétation indéniable de nos doomeux français.
Au final, ce
Slow Transcending Agony d’
Ataraxie est une réussite. Puisant dans le meilleur du doom scandinave et dans une composition personnelle, le combo parvient à séduire et en étonnera plus d’un. Plus fouillé que sur la démo The Other Path et son côté prononcé pour
My Dying Bride, la musique des Rouennais se veut bien plus efficace sur ce skeud. Une valeur sûre de la scène française,
Ataraxie (qui au sens philosophique du terme signifie
absence de troubles de l’âme) a réussi son pari : purifier nos âmes.