Après deux ans d'attente et une démo entre les deux, nos espagnols décidèrent de repartir à la conquête de l'Europe avec ce
Gates of Oblivion pour le moins standard. Dans le power-épique-lyrique metal, où on chante des histoires de chevaliers et de dragons, où parfois on fait la musique de jeux vidéos et où parfois aussi on se couvre de ridicule.
La qualité et la technicité sont toujours au rendez vous, et le style de
Dark Moor est fixé pour de bon dans cet album : à la base sur un heavy speed, d'une grande technicité tant pour la guitare que la batterie ; viennent s'y greffer des chœurs masculin et la voix d'Elisa Martin, curieusement androgyne à tel point qu'on a parfois l'impression d'avoir affaire à un haute-contre.
On peut cependant leur reprocher une trop grande ressemblance avec les
Symphony of Enchanted Lands et autres rhapsodiques, qui à la longue devient pesante... Il arrive également que le mélange précité perde de sa subtilité, laissant l'impression d'une « recette » capable de faire office de solution de facilité.
Le groupe s'essaye également à un exercice périlleux, qui vaut la peine d'être noté : transposer le Dies Irae du Requiem de Mozart, chefs d'œuvre par excellence. Il n'est pas facile de transposer de tels chants, néanmoins c’est assez réussi.
Le Dies Irae occupe une place assez particulière dans la musicologie catholique ; jadis lu lors des enterrements, il célèbre le jour du jugement dernier et le retour triomphal du Christ. Le Dieu dont on invoque la colère n'est pas un dieu d'amour, mais bel et bien le dieu vengeur et destructeur de l'ancien
testament, celui qui poursuit les ennemies de son peuple et accorde la vengeance à ses fils...
L'impression de violence, de majesté implacable et terrible, devait marquer l'esprit des fidèles, leur inculquer la crainte de l'enfer et de ce qui y mène, le mal... Ou ce que l'Église définissait comme tel.
Le chœur à quatre voix utilisé par Mozart communiquait parfaitement ce sentiment de puissance implacable et grandiose, sobre et d'une majesté sans égale.
Le recours au Valcavasia´s choir s'avère judicieux, de ce point de vue le résultat est bon. Sans prétendre au niveau d'une interprétation de Karajan, la qualité des chœurs est indéniable. Trop longue pour être reprise intégralement, le choix des passages empruntés au texte d'origine, en latin médiéval, s'avère judicieux. Les trois premiers strophes font offices de refrain, et incontestablement le Dies iræ, dies illa,
Solvet sæclum in favilla,
(Jour de colère, que ce jour là / Où le monde sera réduit en cendres) scandé à chaque strophe, produit son petit effet.
En revanche, la voix d'Elisa Martin, qui s'associe au chœur, n'y trouve pas sa place et pour cause ; la soprano ne participant pas, dans l'œuvre de Mozart, à ce passage. Ajout peu réussi donc, mais qui ne gâche en rien le reste de sa performance en chant solo.
Starsmaker, en revanche, est une énième inspiration de l’œuvre de Tolkien, Elbereth, ou Varda, étant l’une des principales déesses du Silmarillion. C’est elle qui forge les étoiles à l’aide de la rosée de l’arbre Telperion, d’où le titre de la chanson ; et d’où la vénération que lui portent les hauts Elfes et les innombrables chants qu’ils composent sur elle, et d’où cette chanson visant à se placer dans la continuité. C’est assez réussi, Elisa Martin adoucissant sa voix pour s'associer la mélodie.
Un bon opus donc, qui consolide encore la forte identité musicale du groupe, et s'inspire de sources « classiques » sans pour autant sombrer dans le ridicule.