L’ascension continuait pour les Espagnols. Après le succès de
Shadowland et une tournée réussie, il était temps de réaliser un deuxième album. Ce qui fut fait en août 2000, et leur apporta, outre la confiance de leur producteur Luigi Stefani, une reconnaissance internationale qui leur permit de participer à l’enregistrement du fameux
The Keepers of Jericho, l’album tribut à
Helloween…
Tous les éléments qui faisaient le charme du premier CD sont ici présents, mais incontestablement le groupe a gagné en maturité, quoi que l’influence de
Gamma Ray soit encore très perceptible. Le chant d’Elisa Martin a grandement gagné en discipline ; son registre est enfin fixé, et plus de tentative plus ou moins hasardeuse pour en explorer les limites. Curieux style au passage. Alors que le monde du metal, dans son ensemble, pratique à outrance le growls et un chant guttural à l’extrême, voila un chant aigu, une voix d’adolescente en pleine mue dirait-on, mais jouant sur la longueur des notes et la plénitude de sa voix ; intercalant parfois des notes suraigues et des passages plus graves…
Les chœurs sont toujours présent, mais jouent un peu plus sur des différences de tessitures, souvent un ton en dessous, comme dans
Bells of Notre Dame. En revanche, l’absence de voix graves est toujours aussi remarquable ; le caractère aigu de leur musique est étonnant, sans doute difficile à apprécier pour certains.
Une certaine simplicité préside aux compositions, à l’image de l’intro instrumentale
The Ceremony, contrebasse et clavier jouant sur un thème joli mais sans prétention. Le reste ne comporte guère plus de passages techniquement difficiles, malgré un tempo généralement rapide ; quelques jolis soli dans
Somewhere In Dreams,
Quest For The Eternel Flame et
Hand in Hand ; des riffs généralement simples ; bref, le rôle principal est tenu par la voix humaine, et surtout celle d’Elisa Martin, de par la diversité d’inflexions qu’il met dans son chant.
Les paroles et les thèmes des chansons, en revanche, méritent qu’on s’y attarde. Là non plus, guère de prétention, mais des textes simples et efficaces, permettant de mettre en valeur les chœurs et le chanteur. Ajoutons une certaine rigidité dans la structure : strophes de quatre vers, présence systématique d’un refrain ; on est à l’opposé du doom.
Curieusement, plusieurs des chansons portent sur des thèmes maint fois ressassés (Jeanne d’Arc, les cloches de Notre Dame, Roméo et Juliette dans
Hands in Hands) mais en présentent une relecture sympathique.
Maid of Orlean en particulier, raconte l’épopée de Jeanne d’Arc de façon simple, sans grandiloquence ni prise de position ; ni éloge sophistiqué ni dénonciation, juste une paysanne ayant servi des objectifs qui la dépassent, devenue inutile et attendant la mort, sans amertume.
Le reste est heavy à l’extrême, un folk épique qui par moment ne passe pas loin du ridicule, à la façon d’un
Freedom Call ou d’un
Rhapsody.
Outre leur apporter la consécration, cet album fixait définitivement les bases du style du groupe, en attendant de pouvoir le diversifier.